ACTE II
SARTERRE, se louchanl la léîe.
Elle est malade. Elle l'a toujours été.
THÉRÈSE
Tu sais bien que je l'avais guérie. S'est-elle remise à boire P
SARTERRE
Oui.
THÉRÈSE
Et elle reprend de la morphine?
SARTERRE
Oui.
THÉRÈSE
Et tu ne l'en empêches pas ?
SARTERRE
Non.
THÉRÈSE, douloureusement.
Mais tu ne comprends donc pas ce que tu fais? Tu la rends folle î Tu la tues I
SARTERRE
Qui sait ?
^ THÉRÈSE
Ah, voilà une victoire dont tu peux être fier! Réveiller le vice d'une enfant malade! Abuser de ta force sur une créature privée de volonté, presque de raison ! Quel dégoût I C'est comme si tu avais couché avec une morte.
SARTERRE
Je n^alme pas les femmes qui vibrent.
THÉRÈSE
Tu lui as enlevé sa dernière chance de salut et de repos... Une chance gagnée à force de soins, de tendresse et d'amour. C'est vraiment généreux.
SARTERRE
Ne sois pas jalouse.
THÉRÈSE, avec orgueil,
T'ai-je dit que je l'étais ? J'ai dressé mon cœur à ne plus souffrir de l'inévitable. Je sais qu'un artiste a besoin, — ou croit avoir besoin, — de raviver sa flamme à des yeux nouveaux. Je sais qu'il peut devenir infidèle sans cesser d^aimer. Tu m'aimes toujours, malgré toi, peut-être; je n^en doute pas. J'aurais trouvé ici n'importe quelle autre femme, je serais partie sans un reproche.
SARTERRE, marchant de long en large, mal à l'aise et irrité sous le regard de Thérèse.
Comment es-tu venue jusqu'ici? Tu m'as suivi?
THÉRÈSE
Non. C'est Fanères qui m^a donné l'adresse.
SARTERRE
Fanères? Mais d^où sait-il?... Alors, il m^espicnne ?