‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 143 sur 186 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

SARTERRE, se louchanl la léîe.

Elle est malade. Elle l'a toujours été.

THÉRÈSE

Tu sais bien que je l'avais guérie. S'est-elle remise à boire P

SARTERRE

Oui.

THÉRÈSE

Et elle reprend de la morphine?

SARTERRE

Oui.

THÉRÈSE

Et tu ne l'en empêches pas ?

SARTERRE

Non.

THÉRÈSE, douloureusement.

Mais tu ne comprends donc pas ce que tu fais? Tu la rends folle î Tu la tues I

SARTERRE

Qui sait ?

^ THÉRÈSE

Ah, voilà une victoire dont tu peux être fier! Réveiller le vice d'une enfant malade! Abuser de ta force sur une créature privée de volonté, presque de raison ! Quel dégoût I C'est comme si tu avais couché avec une morte.

SARTERRE

Je n^alme pas les femmes qui vibrent.

THÉRÈSE

Tu lui as enlevé sa dernière chance de salut et de repos... Une chance gagnée à force de soins, de tendresse et d'amour. C'est vraiment généreux.

SARTERRE

Ne sois pas jalouse.

THÉRÈSE, avec orgueil,

T'ai-je dit que je l'étais ? J'ai dressé mon cœur à ne plus souffrir de l'inévitable. Je sais qu'un artiste a besoin, — ou croit avoir besoin, — de raviver sa flamme à des yeux nouveaux. Je sais qu'il peut devenir infidèle sans cesser d^aimer. Tu m'aimes toujours, malgré toi, peut-être; je n^en doute pas. J'aurais trouvé ici n'importe quelle autre femme, je serais partie sans un reproche.

SARTERRE, marchant de long en large, mal à l'aise et irrité sous le regard de Thérèse.

Comment es-tu venue jusqu'ici? Tu m'as suivi?

THÉRÈSE

Non. C'est Fanères qui m^a donné l'adresse.

SARTERRE

Fanères? Mais d^où sait-il?... Alors, il m^espicnne ?

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