ACTE II
THÉRÈSE
Ton ancien compagnon de voyage, de Bronte, lui a dit que tu avais cette chambre.
SARTERRE
Et de quel droit Fanères te l'a-t-il répété ? D'abord, pour te prévenir, il a enfreint ma défense ! Il est revenu te voir?
THÉRÈSE
Il m^a écrit.
SARTERRE
La vengeance est encore plus plate.
THÉRÈSE, vivenienl.
Aucune vengeance, Michel.
SARTERRE
Allons donc î II ne m^a jamais pardonné de lui avoir interdit ta porte. C'est susceptible, à cet âge, les amoureux.
THÉRÈSE
Amoureux ?
SARTERRE
Parfaitement. De toi, sans le savoir, peut-être.
THÉRÈSE
Pauvre Fanères !
Les mystiques sont des sensuels qui se passent la camisole de force. Je connais.
THÉRÈSE
C'est par affection, par inquiétude pour nous deux qu'il s'est décidé à me prévenir, après de longues hésitations.
SARTERRE
Inquiétude? De quoi s'inquiète-t-il ?
THÉRÈSE
Je ne sais pas au juste.
SARTERRE
Enfin, que t'a-t-il écrit ?
THÉRÈSE
Qu'il tremblait pour ton avenir... Que tu menais une vie secrète, égarée, terrible... Que je devais être avertie, parce que j'étais seule capable de te sauver.
SARTERRE
Le complot recommence.
THÉRÈSE
J'ai douté toute une semaine. J'épiais tes heures d'absence et tes heures de travail. Et en effet, je n'entendais presque plus ton piano. Tu n'étais jamais là. Tu ne disais pas où tu allais. Alors, je suis venue, pour savoir. Tout à l'heure, quand j'ai vu passer Vera, j'ai eu du chagrin pour elle. Et en même temps, je me sentais presque soulagée... car j'avais peur d'autre chose... de je ne sais quoi d'infâme ou de criminel.