‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 144 sur 186 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

THÉRÈSE

Ton ancien compagnon de voyage, de Bronte, lui a dit que tu avais cette chambre.

SARTERRE

Et de quel droit Fanères te l'a-t-il répété ? D'abord, pour te prévenir, il a enfreint ma défense ! Il est revenu te voir?

THÉRÈSE

Il m^a écrit.

SARTERRE

La vengeance est encore plus plate.

THÉRÈSE, vivenienl.

Aucune vengeance, Michel.

SARTERRE

Allons donc î II ne m^a jamais pardonné de lui avoir interdit ta porte. C'est susceptible, à cet âge, les amoureux.

THÉRÈSE

Amoureux ?

SARTERRE

Parfaitement. De toi, sans le savoir, peut-être.

THÉRÈSE

Pauvre Fanères !

Les mystiques sont des sensuels qui se passent la camisole de force. Je connais.

THÉRÈSE

C'est par affection, par inquiétude pour nous deux qu'il s'est décidé à me prévenir, après de longues hésitations.

SARTERRE

Inquiétude? De quoi s'inquiète-t-il ?

THÉRÈSE

Je ne sais pas au juste.

SARTERRE

Enfin, que t'a-t-il écrit ?

THÉRÈSE

Qu'il tremblait pour ton avenir... Que tu menais une vie secrète, égarée, terrible... Que je devais être avertie, parce que j'étais seule capable de te sauver.

SARTERRE

Le complot recommence.

THÉRÈSE

J'ai douté toute une semaine. J'épiais tes heures d'absence et tes heures de travail. Et en effet, je n'entendais presque plus ton piano. Tu n'étais jamais là. Tu ne disais pas où tu allais. Alors, je suis venue, pour savoir. Tout à l'heure, quand j'ai vu passer Vera, j'ai eu du chagrin pour elle. Et en même temps, je me sentais presque soulagée... car j'avais peur d'autre chose... de je ne sais quoi d'infâme ou de criminel.

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