‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 145 sur 186 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

SARTERRE, s'arrétant devant Thérèse, avec une irrilalion froide.

Puisque tu as un tel soucî de ma personne et de mon travail, puisque tu veux savoir, eh bien, tu sauras. Tu en sauras peut-être même plus que tu ne veux. C'est vrai, il y a autre chose. Vera n^est rien pour moi qu^une femelle entre cent. Dans ta voiture, tu as pu voir passer une entremetteuse et une fille. Cest ici qu^elles venaient. Il en vient tous les jours. Tout cela se déshabille sur le divan où tu es assise. Tout cela...

THÉRÈSE

Assez !

SARTERRE, ricanonL Tu as voulu savoir...

THÉRÈSE

Je ne te crois pas. Tu n^es pas cet homme-là. Un grand artiste ne se perd pas avec des prostituées. C^est absurde, c^est monstrueux.

SARTERRE

Cela est.

THÉRÈSE

Mais pourquoi ?

(La musique du bal se perd au loin.)

SARTERRE, se calmauL

Je l'ignore.

(Un silence.)

THÉRÈSE

Il faut regarder en toi-même et chercher le mot de cette aflreuse énigme.

SARTERRE, Craintivement, Pourquoi savoir ?

THÉRÈSE

Pour guérir.

SARTERRE, fossant dcvont elle, fuyant son regard avec inquiétude.

C'est que je n^aime pas beaucoup...

THÉRÈSE

Quoi donc ?

SARTERRE

Regarder en moi-même... Ni surtout... que les autres y regardent...

THÉRÈSE, prête à pleurer.

Les autres... Suis-je déjà avec les autres P Ah, Michel, est-ce parce que tu n'as entendu de moi ni cris, ni plaintes jalouses, que tu me repousses de toi ? Est-ce parce que j^essaye de cacher ma souffrance, que je te deviens tout à coup étrangère ?

SARTERRE

Tu ne m^es pas étrangère... Je te sens, au contraire, plus proche de moi, plus mêlée à moi que jamais.

THÉRÈSE

C'est bien vrai. Si je n'étais que ta femme, je

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