ACTE II
n'aurais pu supporter une telle humiliation. Je suis aussi ta mère. Une mère doit apprendre sans faiblir les pires secrets de son enfant méchant...
SARTERRE
Pourquoi, méchant ?
THÉRÈSE
... De son enfant malade.
SARTERRE
Encore moins.
(Un silence.)
THÉRÈSE
Depuis combien de temps vis-tu dans cette fange? SARTERRE hausse les épaules, puis, à voix basse. Il me semble que j'ai toujours eu besoin d'elle.
THÉRÈSE
Tu n'as jamais lutté ?
SARTERRE
Non.
THÉRÈSE
Tu sais pourtant qu'un débauché cesse de penser^ de produire. Un débauché devient un esclave ; il ne peut plus travailler.
On le dit... Ça ne doit pas être vrai... Je n'ai jamais travaillé comme à présent.
THÉRÈSE
Es-tu sûr de ne pas te leurrer ?
SARTERRE
^ Tu en jugeras toi-même. Ce que je suis en train d'écrire... c'est si beau...qu^il ne faut pas en parler.
THÉRÈSE
Je ne peux pas le croire, Michel.
SARTERRE
Tu verras.
THÉRÈSE
Comment serait-ce possible ?
SARTERRE, réfléchissajil.
Peut-être, oui peut-être que l'artiste doit payer son inspiration, comme l'ouvrier paye son pain. L'un paye de sa raison, l'autre, de son bonheur. Cette chose qu'on appelle le génie ne m'a pas été donnée pour rien... Je Tai payée de ma substance.
THÉRÈSE, vivemenl,
Michel, c'est un paradoxe. Il n'existe aucun rapport entre ton génie et un vice honteux. Il n'y a pas de lien entre la plus noble part de notre être et la plus méprisable.
Vois-tu... Je ne connais rien en moi de noble, ni de méprisable.