ACTE III
VER A
J'aî répondu : « Non ».
SA^RTERRE
C'est trèsnoble^ très généreux à vous. Mais cela ne change rien à ce quifut. (in silence. Il se prend la têle dans les mains. Se relevant.) Dans cette maison, étiez-vous très malheureuse ?
Oui, certainement.
SARTERRE
Est-ce qu'on vous maltraitait ?
VERA
Non, jamais.
SARTERRE
Vous n'étiez pas enfermée dans un... (// se reprend.) dans une chambre ?... Vous n'étiez pas prisonnière ?
VERA
Non, je pouvais me promener dans le parc.
SARTERRE
Sans surveillance ?
VERA
Cela dépendait des jours. Quand j'étais calme, je sortais sans ma garde.
SARTERRE
Dans un parc entouré de murs...
VERA
On ne les voyait pas de partout... Il y avait un endroit très désert, sous les arbres, le petit cimetièreoù l'on mettait les malades morts dans l'asile... J'allais souvent m'asseoir là ; j'y restais de longues heures, à réfléchir.
Sur quoi ?
VERA
Sur moi-même... Sur tout le mal qui était en moi... Je me suis comprise très profondément, dans ces moments-là... Je me suis pardonnée.
SARTERRE
Qu'aviez-vous à vous pardonner ?
VERA
Le mal que j'ai voulu jadis, le mal que j'ai fait... Il a pesé bien lourdementsur moi. Mais j'ai fini par comprendre que ce n'était pas moi qui le voulais, pas moi qui le faisais. Chaque mauvaise action m'était soufflée à l'oreille... J'en étais innocente.
SARTERRE, /zoc/za/î/ la têle.
Cette pensée-là ne soulage pas.
VERA
Si, un peu.