ACTE II
PIERRE
J'ai vu.
AME
Ah I Que les séracs leur chutent sur la gueule et que les pierres les balaient î (La lueur augmente. On entend un peu plus loin les chants joyeux de la petite caravane,) Alors, c'est dit ? Tu ne veux toujours pas partir ? Tu les laisseras nous voler la cime ? Tu resteras au gîte, comme une femelle blessée ?
PIERRE, préparant du thé.
Rien ne presse, frère.
Tu renonces à la Dent Rouge pour une garce étrangère ?
PIERRE
La montagne sera encore là demain.
AMÉ
Demain ? Tu n'auras plus son pucelage î C'est aujourd'hui qu'on la baise !
PIERRE
Crains rien. Ils ne connaissent point ma route.
AMÉ
Et s'ils en trouvent une autre ? Ils sont quatre. Ils ont des cordes cachées quèque part. La glace est bonne. Ils iront loin, d'un temps pareil.
PIERRE
Ils n'iront pas plus loin qu'il n'est marqué.
AMÉ
Et s'il est marqué qu'ils doivent aller jusqu'en haut?
PIERRE
Dans ce cas-là, mon frère, c'est tout un de partir ou de rester.
AMÉ, prenant son sac et son piolet.
Eh ben, moi, je pars quand même ! Je pars seul, puisque tu n'as plus souci de ton honneur î... Je veux pas que d'autres y passent sur le ventre avant moi I Je vas piquer droit sur la cime, à travers tout. Je veux l'avoir premier, ou crever !
PIERRE
A ta guise.
{Amé sort.)