‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 36 sur 186 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

PIERRE

J'ai vu.

AME

Ah I Que les séracs leur chutent sur la gueule et que les pierres les balaient î (La lueur augmente. On entend un peu plus loin les chants joyeux de la petite caravane,) Alors, c'est dit ? Tu ne veux toujours pas partir ? Tu les laisseras nous voler la cime ? Tu resteras au gîte, comme une femelle blessée ?

PIERRE, préparant du thé.

Rien ne presse, frère.

Tu renonces à la Dent Rouge pour une garce étrangère ?

PIERRE

La montagne sera encore là demain.

AMÉ

Demain ? Tu n'auras plus son pucelage î C'est aujourd'hui qu'on la baise !

PIERRE

Crains rien. Ils ne connaissent point ma route.

AMÉ

Et s'ils en trouvent une autre ? Ils sont quatre. Ils ont des cordes cachées quèque part. La glace est bonne. Ils iront loin, d'un temps pareil.

PIERRE

Ils n'iront pas plus loin qu'il n'est marqué.

AMÉ

Et s'il est marqué qu'ils doivent aller jusqu'en haut?

PIERRE

Dans ce cas-là, mon frère, c'est tout un de partir ou de rester.

AMÉ, prenant son sac et son piolet.

Eh ben, moi, je pars quand même ! Je pars seul, puisque tu n'as plus souci de ton honneur î... Je veux pas que d'autres y passent sur le ventre avant moi I Je vas piquer droit sur la cime, à travers tout. Je veux l'avoir premier, ou crever !

PIERRE

A ta guise.

{Amé sort.)

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