SCÈNE V
LES MÊMES, JORAS.
(Joras entre brusquement par le fond et s'arrête près de la porte ^ épuisé, haletant^ s'appuyant sur un bâton. Claire et Pierre se séparent.)
JORAS
Eh bien, mes faucons, vous v^là donc pris au gîtel... Vous pensiez que le père était trop vieux pour venir vous dénicher ! Vous auriez pu vous cacher dans un trou d'aigle de la falaise, que je m'y serais fait descendre au bout d'une corde et ma trique entre les dents! (Il lève son bâton.)
PIERRE, très calme.
Bas la trique, maît'Joras.
JORAS
Par le corps Dé, ne m'attise point I (A Claire.) Toi, prends tes frusques et suis ton père I
CLAIRE
Je ne vous suivrai pas.
JORAS, la saisissanl brnlalemenl par le bras.
Si tu ne veux point marcher, je te pousserai devant moi à coups de pierres !
CLAIRE
Lâchez-moi I Lâchez-moi I
PIERRE, paralysant le bras de Joras pendant que Claire se dégage.
Doucement, maît'Joras...
JORAS
Toi, mon fîeu, je te conseille de faire le mort, si tu ne veux pas aller en prison. Voleur de filles ! Débaucha!
PIERRE
Écoutez, maît'Joras... Pourquoi ne voulez-vous pas me la donner?
JORAS
Est-ce que les hirondelles font leur nid dans la fange?... Est-ce que les boucs montent les brebis? Je ne voudrais pas de toi pour garder mes porcs !
CLAIRE, presque gaie.
Eh bien, il gardera ta fille ! Je ne veux pas, moi, d'un autre que lui î
JORAS
Déboutée, bête vicieuse !
CLAIRE
Alors vous pensiez que dix ans de leçons et de professeurs feraient de moi une pimbêche de ville,