ACTE II
qui va aux vêpres, les yeux baissés et brode, bien sage, au coin du feu ? L'instruction ne vous change pas le sang ! Je ne suis pas plus devenue une demoiselle que vous un bourgeois, mon pauvre papal J'ai lu, j'ai réûéchi, j'ai appris le doute et l'inquiétude, mais Dieu merci, je ne suis pas encore assez malade pour lâcher mon bonheur, quand je le tiens î
JORAS
C'est-y donc ton bonheur de vivre avec des brutes? de manger leur pâtée puante et de porter leur fumier ?
CLAIRE
C'est mon bonheur de vivre avec qui j'aime.
JORAS
Je te ferai enfermer chez les sœurs, tête pourrie! Allons, partons, file devant !
CLAIRE
Partez sans moi. Je reste ici.
(Joras marche sur elle, le bâton levé. Elle se dérobe. Il ralleinl à Vépaule. Elle pousse un cri de douleur.)
PIERRE, la proiégeant.
Voilà un vilain jeu, maît' Joras. Et un jeu où vous ne serez pas le plus fort. Prenez garde. Y a personne ici pour vous défendre !
JORAS
Je ne te crains pas I
PIERRE
Si vous n'étiez pas une si vieille racine, vous auriez déjà payé ce coup de trique-là, et cher!
JORAS
Tout vieux que je suis, je te tomberais comme une botte de paille.
CLAIRE
Pierre, ne réponds pas I Va-t'en !
JORAS, monlrani ses poings,
V'ià une massue qu'a donné la mort entre les cornes d'un bœuf.
PIERRE, désignant son fusil dans un coin du refuge. V'ià un outil qui la donne de plus loin.
CLAIRE
Va-t'en, je t'en supplie ! Va-t'en !
JORAS
Ouai, t'oserais bien me canarder, mais t'oserais pas lutter avec moi.
PIERRE
Je ne lutte point avec les vieillards.
JORAS
Enlève ta veste, si c'est du sang et pas du purin que t'as dans les veines I
PIERRE
Ne m'attisez point ! Ne m'attisez point !