ACTE III
PIERRE
Venez vous chauffer.
RiBiERS, à Amé,
Ferme pas... Y a une jeunesse qu'arrive!
(Entre une vieille femme, cassée, hideuse ; elle a un goitre.)
LA MÈRE GAILLARD
Bonsoir.
AMÉ, à Ribiers.
Farceur, c'est la mère Gaillard !
LA MÈRE GAILLARD, geignant.
J'ai pas de lanterne... La chandelle est trop chère... Je me suis gueulée dans la combe... (Tous prennent place.)
AMÉ
Y a-t-y du neuf?
LE VIEUX RALUD
La mère Paccaud est morte.
LA MÈRE GAILLARD
Elle mangera plus.
PRAT
V'ià un brin de soulagement pour ses gars.
LA VIEILLE JACQUEROD
Y sont si pauvres î
LA VIEILLE RALUD
Elle pouvait plus travailler, depuis un an.
PRAT
Elle aura le temps de compter les étoiles, avant d'aller sous terre.
CLAIRE
Comment cela ?
PRAT
Il y a quatre mètres de neige dans le cimetière... On ne pourra pas creuser de tombes avant deux mois d'ici.
Alors, que va-t-on en faire ?
LA VIEILLE JACQUEROD
Tu ne connais donc point notre coutume ? Le corps est posé sur le toit de la maison, dans une couche de neige, et il y reste jusqu'au printemps.
CLAIRE, regarde le grand-père avec une terreur
secrète, puis tressaille.
Ah... c'est horrible !
LA VIEILLE RALUD, ricanant.
Sa Majesté trouve ça horrible!... Crains rien, va, si tu décèdes pendant l'hiver, on t'y mettra aussi, sur le toit ! Y a pas moyen de faire autrement... Et puis, faut respecter la coutume.
(On entend un air de vielle au dehors.)
LE VIEUX RALUD
V'ià le grand Balmaz !