ACTE I
LE GRAND-PERE
N'en faut pas, de leur argent. Je vis du bestial et de mon fusil.
LE CURÉ, clignant de VœU.
Oui... Il ne vous a pas toujours servi à tirer le chamois, hein?
LE GRAND-PÈRE
Dans ma jeunesse, j'ai tué un ours.
(Le curé le regarde fixement sans parler.)
LE GRAND-PÈRE, gêné.
Je tire aussi les aigles...
LE CURÉ
Et cette autre espèce de gibier dont on a retrouvé la charogne au fond des gorges, il y a cinquante ans, vous ne le tirez plus ?
LE GRAND-PÈRE, après un silence.
J'aime pas les Anglais... Je veux pas d'étrangers... Je veux pas de maladies.
LE CURÉ
Il y en a pourtant pas loin de chez vous, des étrangers, depuis quelque temps. Je crois que vous ferez bien de les respecter, ceux-là, ou il pourrait vous en cuire.
JEANNE, même Jeu,
Pour la fille, c'est une vraie étrangère. Vous dites bien. Et née aux Amériques, encore!... Mais ce Joras, c'est plutôt un revenant. Je l'ai connu
tout nanet, qui courait sans soûlas par les chemins. Sa mère pensait pas toujours à lui emplir le ventre, la charoupia ! Et plus d'une fois, j'y ai fait support d'un morceau de pain... A présent, le v'ià riche comme un seigneur. D'où qu'il vient, cet argent-là, je voudrais bien le savoir î
AMÉ, qui a fini de ranger le bois.
Paix, la mère. Si son bien est mal acquis, il ne lui profitera point !... Nous n'avons pas à nous mêler de ses aflfaires.
{Il rentre dans le chalet.)
JEANNE
Qu'y se mêle jamais des nôtres !