‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 60 sur 186 · LES MÊMES, LE BIENHEUREUX · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE BIENHEUREUX

(Il entre ; c'est le type ordinaire du crétin des montagnes. Face terreuse à l'expression d'imbécillité complète; corps atrophié; démarche oscillante et cassée; voix rauque, gutturale, à peine humaine.)

Hé, y a la mère Gaillard qui t'a pris pour la Mort Incarnée I

(Rires. Le Bienheureux, très en gaieté, disîribue des poignées de mains. Quand il arrive à Claire, elle recule sans chercher à dissimuler sa répulsion.)

PIERRE

Allons, venez boire un verre.

{On se dirige vers la table. Pierre verse du vin. On boit.)

LE VIEUX RALUD

Et quoi que vous dites de mon histoire ?

AMÉ

C'est un conte.

K^ LE VIEUX RALUD, frappant sur la table.

C'est la vérité ! C'te femme y a porté la mort dans son chiffon rouge.

98 LA DENT ROUOE

PRAT

Y avait pas de femme..- Il était saoul I

LE VIEUX RALUD, LA VIEILLE RALUD Ct

LA MÈRE GAILLARD, ensemble.

Le vieux Ralud : Il l'a vue... J'te dis ! La vieille Ralud : Ouai... Ouai...

La mère Gaillard: On le sait bien.

RIBIERS

Il est mort du choléra, ton grand-père ! LE VIEUX RALUD, indigné,

L'choléra ?... L'choléra, c'est un rhume du ventre. Chacun sait ça.

LA MÈRE GAILLARD

C'était la Mort Incarnée.

(Le Bienheureux, qu'on a oublié de servir, geinl devant les bouteilles.)

PIERRE

Qu'est-ce que tu veux, Bienheureux?

LE BIENHEUREUX

Ta... ta... tafia !... Tafia !...

PIERRE, lui versant de Veau-de-vie,

En v'ià!

(Il boit goulûment.)

LE GRAND-PÈRE, de son fautcuH, se fâchant,

A boire ! A boire !

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