LES MÊMES, LE BIENHEUREUX
(Il entre ; c'est le type ordinaire du crétin des montagnes. Face terreuse à l'expression d'imbécillité complète; corps atrophié; démarche oscillante et cassée; voix rauque, gutturale, à peine humaine.)
Hé, y a la mère Gaillard qui t'a pris pour la Mort Incarnée I
(Rires. Le Bienheureux, très en gaieté, disîribue des poignées de mains. Quand il arrive à Claire, elle recule sans chercher à dissimuler sa répulsion.)
PIERRE
Allons, venez boire un verre.
{On se dirige vers la table. Pierre verse du vin. On boit.)
LE VIEUX RALUD
Et quoi que vous dites de mon histoire ?
AMÉ
C'est un conte.
K^ LE VIEUX RALUD, frappant sur la table.
C'est la vérité ! C'te femme y a porté la mort dans son chiffon rouge.
98 LA DENT ROUOE
PRAT
Y avait pas de femme..- Il était saoul I
LE VIEUX RALUD, LA VIEILLE RALUD Ct
LA MÈRE GAILLARD, ensemble.
Le vieux Ralud : Il l'a vue... J'te dis ! La vieille Ralud : Ouai... Ouai...
La mère Gaillard: On le sait bien.
RIBIERS
Il est mort du choléra, ton grand-père ! LE VIEUX RALUD, indigné,
L'choléra ?... L'choléra, c'est un rhume du ventre. Chacun sait ça.
LA MÈRE GAILLARD
C'était la Mort Incarnée.
(Le Bienheureux, qu'on a oublié de servir, geinl devant les bouteilles.)
PIERRE
Qu'est-ce que tu veux, Bienheureux?
LE BIENHEUREUX
Ta... ta... tafia !... Tafia !...
PIERRE, lui versant de Veau-de-vie,
En v'ià!
(Il boit goulûment.)
LE GRAND-PÈRE, de son fautcuH, se fâchant,
A boire ! A boire !