‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 8 sur 186 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

^ LE CURÉ

Ah ! drôle d'Idée qu'à eue monsieur votre papa de quitter les sauvages d'Amérique, pour revenir vivre avec ceux-ci ! Puisque la fortune lui souriait, il aurait mieux fait de rester en Argentine.

CLAIRE

Il avait le mal du pays. Il voulait revoir ses montagnes.

LE cviRÉ, jovial.

Et la Cordillère des Andes ! Ça ne lui suffisait pas ?

CLAIRE

Nous ne sommes pas allés par là.

LE CURÉ

Vous n'aviez jamais vu de montagnes, avant de venir ici?

CLAIRE

Jamais, monsieur le curé.

LE CURÉ

Eh bien, mais c'est vous qui allez l'avoir, à présent, le mal du pays I

Duquel? Je suis née au Brésil, mais nous avons habité successivement le Mexique, les Pampas, Buenos-Ayres... Je n'ai rien à regretter.

LE CURÉ

Tant mieux. La solitude vous pèsera moins. Vous deviendrez une vraie montagnarde î

CLAIRE

Ce n'est certes pas l'envie de grimper jusqu'à la neige qui me manque.

LE CURÉ, gaiement.

Est-ce le courage ?

CLAIRE

Oui, la montagne me fait peur.

LE CURÉ

Bah, quand vous aurez fait un tour sur les hauteurs, avec un de ces rudes garçons dont la main vous tient comme un crochet de fer, vous n'aurez plus peur I {Désignant la montagne,) Et vous verrez, le bon Dieu n'a rien créé de plus beau sur la terre !

Voix de JORAS^ dans son jardin,

Claire I

CLAIRE, répondant.

Voilà, père I

LE CURÉ

Allons, je vous quitte.

JORAS, paraissant. C'est un robuste vieillard au

verbe haut, aux manières importantes, à la

mise tapageuse.

Bonjour, monsieur le curé ! Vous n'entrez pas chez nous ?

Page 1