ACTE III
CLAIRE, pensive.
Il y croît comme les autres.
PIERRE, bas, comme avec honte.
Ecoute, y a quelques hivers, au bourg Saint- Paul, au lieu de mettre leur mort sur le toit, ils l'ont placé sous des pierres, au bord du torrent... Eh bien, ce mort revenait toutes les nuits... Il leur reprochait sa sépulture. Il leur annonçait des malheurs... et au printemps, le village a brûlé!
CLAIRE
Que le nôtre brûle aussi, peu m'importe ! Tout plutôt que de dormir, de manger, de vivre sous une pareille terreur ! Pense à ce que seraient mes nuits !
PIERRE
Elles seront pires sile vieux n'a pas satisfaction... s'il ne peut pas compter les étoiles deux bons mois, avant d'aller sous terre. Mieux vaut offenser les vivants que les morts. Les vivants, on leur parle, on les touche, on les frappe s'il le faut. Avec les trépassés, y a pas de lutte, y a pas d'espérance... Quand y vous en veulent, y vous tourmentent sans répit... y s'attachent à vous comme la maladie... y se mettent à cropetons dans votre tête et on ne peut pas plus les secouer qu'une pensée !
CLAIRE, lulîanl contre V effroi qui la gagne. C'est absurde, c'est fou, ce que tu racontes-là.
PIERRE
C'est la sainte vérité... et chacun dans le pays te le dira !
CLAIRE
Délires, cauchemars !
PIERRE
Tu ne sais donc pas qu'au bourg Saint-Paul, dès le soleil couché, le mort était au milieu d'eux? Ils ne le v^oyaient pas, non, mais ils sentaient ses mains sur leurs têtes.
CLAIRE
Tais-toi.
PIERRE
Un soir, l'eau coulait de ses doigts sur leur peau, une eau glacée qu'ils ne pouvaient ni arrêter, ni sécher !... Ils criaient de peur en se demandant ce qui arrivait... et le lendemain, ils virent que le torrent avait emporté le corps.
CLAIRE, affolée. Assez ! Assez î
PIERRE, allumant une chandelle.
Y a pas de quoi crier... Y faut suivre la coutume et le vieux dormira en paix.
CLAIRE
Bien. Je n'ai plus qu'à partir î
PIERRE
Qu'est-ce que tu dis?