ACTE IV
LE CURÉ
Est-ce qu'ils vous ont battue ?
CLAIRE
Une fois, une fois seulement, monsieur le curé.
LE CURÉ
Si ce n'est pas honteux !
CLAIRE
Ce n'est pourtant pas là ce qui m'a fait le plus de mal.
LE CURÉ
Qu'est-ce donc ?
CLAIRE
C'est leur méfiance. Quelques jours après la mort du vieux^ la mère est venue avec Amé pendant que je dormais... Ils voulaient me piquer avec une aiguille, pour trouver la place du diable.
LE CURÉ, en colère.
Cet imbécile de Joras avait pourtant raison de ne point vouloir vous donner à Pierre... Que faire, à présent? Vous êtes mariée devant Dieu. Je ne peux pas vous conseiller de vous retirer chez votre père.
CLAIRE
Je n'y songe pas non plus...
LE CURÉ
Si je n'étais pas curé, je vous emmènerais ce soirmême.
CLAIRE
Je ne veux pas quitter la maison. J'aime mon mari.
LE CURÉ
C'est plus qu'on ne vous demande.
CLAIRE
Il m'aime aussi, malgré ce qu'il pense. Il ne me laisserait pas partir... il m^enfermerait plutôt, comme chèvre à l'étable.
LE CURÉ
Et vous vous laisseriez passer le licol, sans mot dire?
CLAIRE
Je crois que oui.
LE CURÉ, la regardant.
La voilà donc matée, cette fîère jeune fille.
CLAIRE
Ainsi va la vie, monsieur le curé... on s'aime malgré ses torts.
{Ici, r Innocente sort du chalet et joue sous le balcon avec des brindilles de bois.)
LE CURÉ
Je voudrais bien savoir quels torts vous avez envers eux! Ils ont fait de vous leur servante...
CLAIRE
Pourquoi la fille d'une servante ne serait-elle pas une servante?