ACTI-: IV H
CLAiRï, accablée.
Vous n'auriez pas dû... les empêcher de me punir.
LE CURÉ
De quoi ? D'avoir vécu dans la boue et travaillé comme une mule ?
CLAIRE
Pierre est mort... et je sais bien ce qui l'a tué.
LE CURÉ
C'est sa propre folie, qui suffit à la mort de chaque homme.
CLAIRE, s'accusani.
Qui a nourri son âme d'inquiétude et son corps de plaisir? Qui a rendu son esprit agité? Ses membres paresseux ? Qui a détruit son instinct de montagnard ? Et qui Ta renvoyé à la Dent Rouge, doutant, diminué ? Sans moi, monsieur le curé, Pierre n'aurait pas glissé... F^t je suis peut-être plus coupable encore que je ne l'avoue. Car j'ai voulu sa perte : et qui sait ce que peut le désir ? Je l'ai vu tomber : et qui connaît la force d'une pensée ? Dites, monsieur le curé, si je lui ai communiqué cette vision ? En dévalant follement, sans corde, sur la pente de glace, il m'obéissait ! Il courait à la mort que j'ai rêvée pour lui ! Ils disent la vérité : j'ai tué mon mari !
LE CURÉ, se levant.
Laissez là ces rêveries et partons.
CLAIRE, même Jeu,
Vous cro5^ez à des choses plus mystérieuses que celles dont je vous parle.
LE CURÉ, la regarde longuement, puis acquiesce.
Oui.
(Il lui pose la main sur Vépaule el la dirige vers le fond.)
RIDEAU
Pièce en trois actes