ACTE II
ROUGÉ
Ne vous tourmentez pas eu faveur de la justice ! Je vais vous dire ce qui va se passer, moi. L'arrestation de Maélik aura probablement pour premier résultat de faire reparaître les captives.
LE CORMIER
VouG ne croyez donc plus qu'il les ait livrées aux marchands d'esclaves ?
ROUGÉ
Vous ai-je dit que je le croyais ? Mon avis est qu'il les cache, en attendant les événements.
LE CORMIER
Une telle fourberie est inadmissible. Vous oubliez que Maélik est musulman et suit fidèlement les préceptes de sa religion.
ROUGÉ
Oh, méfiez-vous des noirs convertis. L'Islam a fait, en Afrique, autant de Tartufes que le christianisme en Europe. J'aime mieux un sauvage qu'un demi-sauvage. (SWrrilanl.) D'ailleurs, nous ne sommes pas ici pour faire de la psychologie. Vous dissertez sur toutes les instructions qu'on vous donne. A la longue, c'est fatigant... Je n'aime pas à faire sentir mon autorité... 11 y a pourtant des cas où je vous serais reconnaissant de m'obéir. Donnez l'ordre aux miliciens d'arrêter Maélik et de lui passer les fers.
LE CORMIER, 86 maîirîsant.
Vous avez raison. Mon attitude est incorrecte.
ROUGÉ
Ce n'est pas moi qui le dis.
LE CORMIER
Mais je VOUS demanderai... d'oublier un instant que vous êtes mon chef et de ne pas m'obliger à transmettre un ordre qui révolte ma conscience.
ROUGÉ
Je me moque de votre conscience !
LE CORMIER
... Un ordre qui révoltera la vôtre, quand vous aurez réfléchi.
ROUGÉ, furieux.
Ah, ça, vous allez me donner des leçons de conscience, à présent? Comme vous me donniez tout à l'heure des leçons de justice ? Comme vous me donnez chaque jour des leçons d'administration ? C'est intolérable, à la fin. Étes-vous mon subordonné? Voulez-vous, oui ou non, m'obéir ?
LE CORMIER, le regarde un instant, puis : J'obéis, j'obéis, mais...
ROUGÉ
M'obéir sans phrases ?