MALIK
Oui, le regard des blancs a changé... Le voici dur aux innocents... Je ne comprends pas cette justice nouvelle.
ROUGÉ
Tu n'es ici nipour discourir, ni pour comprendre. (Au milicien.) Moussa, si tu ne me fais pas crier ce gaillard-là comme un porc qu'on saigne, gare à toil
LE MILICIEN
As pas peur, commandant.
MAi^LIK
Chef, tu n'entendras de moi ni plaintes, ni gémissements : je ne suis pas comme les nègres, qui s'excitent et chantent sous le fouet. Mais je veux savoir la raison de mon supplice. Parle.
ROUGÉ, au milicien.
Enlève-lui sa gandoura et mets-le au soleil. (Le milicien obéit). .
MAÉLIK
Tu ne sais peut-être pas toi-même... Tu n'es que l'instrument d'AUahou. Mais est-il possible qu'Allahou veuille ce qui est contraire à la justice ?
ROUGÉ, de la véranda, au milicien.
Vingt-cinq coups !
LE MILICIEN
Dix coups bezeff, mon commandant. A quinze, li plus rien sentir. Ça y a kif-kif fouetter vieux boabab !
ROUGÉ
J'ai dit vingt-cinq. Ce sera vingt-cinq.
A C TE ir 205
MAÉLiK, qui semble plus tragiquement torturé par le mystère de son châlimenl que par V imminence du supplice.
Ta justice est-elle donc celle d'Iblîs ? Ou de quelque démon blanc? D'où vient-elle? Que veutelle ? Ah, si tu le sais, réponds-moi... Tu es là, qui me regardes sans paroles, comme ceux qui marchent en dormant ? M'entends-tu? Parle ? Eveilletoi !
ROUGÉ, qui ne semblait pas entendre Maclik, tressaille, puis^ au milicien :
Commence !
(Le milicien lève sa chicotte et se prépare à frapper.)
MAÉLIK
Pourquoi ? Pourquoi ?
RIDEAU