‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 128 sur 138 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

nois avait excités contre moi et qui me tendaient des guet-apens... Puis, il y eut votre lettre... Une de vos meilleures farces, n'est-ce pas ?... Vous m'écriviez qu'un grand chef, ami de la France, avait à me proposer une affaire intéressant ma compagnie... Il fallait me rendre immédiatement sur son territoire. Je partais, je faisais quatre épuisantes journées de forêt, sur cet humus noir qui sue la fièvre et j'arrivais, grelottant, chez un nègre ridicule, coiffé d'un casque de pompier, qui me proposaft de me vendre toute l'Afrique pour une barrique de rhum. C'était fort drôle, n'est-ce pas ?

PRÉFAILLES, la léte dan^ ses mains.

Pardon !

ROUGÉ

Et le reste I... Ce martyre perpétuel, où rien n'était trop petit, trop stupide pour m'être infligé î Vous égariez ma correspondance... Comme vous aviez le contrôle des convois de vivres et que vous saviez par notre concessionnaire, que je ne pouvais pas manger de pruneaux, vous me faisiez envoyer caisse de pruneaux sur caisse de pruneaux... Peipndant six mois, malgré mes lettres, mes réclamations, je n'ai reçu que des pruneaux î... Très drôle, ça aussi ! Vous deviez vous tordre de rire, dans votre résidence, au bord de la mer!,.. Et la quinine ? Impossible d'en avoir ! Vous me faisiez envoyer du sucre en poudre à la place ! Du sucre en poudre ! Ah !... et j'avais des accès tous les soirs î

PRÉFAILLES, boulevcrsé.

Je me rappelle I J'avoue !

ROUGÉ, avec désespoir.

Et l'histoire du lit, vous la rappelez-vous ?... A force de coucher sur des planches, j'avais les reins brisés. Je ne pouvais plus me tenir debout... Alors, j'avais supplié qu'on m'envoyât un lit... Je l'ai attendu des mois, avec des hallucinations de désir à l'approche de chaque convoi... Et quand, enfin, j'ai reçu le précieux colis... c'était un lit d'enfant... Vous aviez fait mettre un lit d'enfant !

PRÉFAILLES

Pourquoi ne me punissez-vous pas ? Je vous jure que si je vous voyais prendre un revolver et m'ajuster, je ne chercherais pas à me défendre.

ROUGÉ

Il y a longtemps que je ne vous hais plus... (Un silence.) Après deux ans de ce supplice, j'étais à moitié fou de rage... J'avais beau dénoncer vos machinations à ma compagnie, entasser les faits, on ne me croyait pas... Je n'avais pas de preuves contre vous... On crut d'abord à des erreurs, à des coïncidences, puis à des inventions. Ils m'ont conseillé le calme et la sobriété!... Ils m'ont réprimandé I... Et comme je ne me taisais pas, comme j'accusais toujours, ils m'ont mis à pied... Le saviezvous cela ?

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