‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 30 sur 138 · LE MÉDECIN · texte numérisé non relu

LE MÉDECIN

La garde se tiendra derrière un mur. Si vous aviez besoin d'aide, vous n'auriez qu'un geste à

faire.

l'homme Besoin d'aide ?

LE médecin Elle est agitée, depuis quelques jours. La voici. (Le Médecin sort. Un inslanl après, Laure paraîl, dans une loilelle extravagante. Elle serre précieusement contre elle un petit panier,)

l'homme C'est moi, Laure.

LAURE, le fixant avec son face-à-main.

Qui êtes-vous ? Qui se permet d'entrer dans mon parc? Vous n'êtes pas un mendiant. Si vous venez me proposer des appareils de chauffage, allez-vousen. J'ai fait condamner toutes les cheminées. (^a5.) Si c'est du poison que vous avez à vendre, donnez vite... Mais il faudra que vous reveniez chercher le corps. Que ferais-je d'un médecin mort dans mon palais? Est-ce du poison?

l'homme

Vous vous trompez, Laure.

LAURE

Ne soyez pas familier.

l'homme V^otrc... Altesse se trompe.

LAURE, Vinspeclanl de nouveau, puis avec agitation. Mon Dieu I mais vous êtes le prince ! Et moi qui ne m'en doutais pas î J'étais pourtant sûre que vous viendriez. Voilà si longtemps, si longtemps que je vous attends I Quelles intrigues, quelles ruses autour de nous ! Ah, il y a des jours où j'étais si désespérée que je songeais à me pendre. Mais la reine mère veut que je vive, pour souffrir et expier je ne sais quelles fautes. Les siennes, probablement, car moi, je n'ai pas commis de fautes. Elle me fait surveiller jour et nuit. C'est odieux ! Ma dame d'honneur couche dans ma chambre. Je suis obligée de me cacher pour vous écrire ! Au moins, recevez-vous mes lettres ?

l'hOxMME

Oui, Laure, toutes vos lettres.

LAURE

Ah, c'est une consolation pour moi. {Gaiement.) Vous savez que le prince héritier est mort? Il est mort ce matin, en jouant près d'un brasero. La nourrice l'avait laissé seul et on l'a retrouvé rôti, grillé, braisé, tout craquant et tout cuit, comme une chipolata !

{Elle rit longuement,)

l'homme Laure...

LAURE

Pourquoi faire du sentiment ? Sa mort est un bienfait pour lui. Pensez à ce qu'eût été sa vie ! J'ai toujours eu l'impression que c'était lui qui nous séparait. S'il avait vécu, nos ennemis auraient empêché notre union. A présent, la route est libre et

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