ACTE II
bientôt nous serons Tun à l'autre Mon cher prince, n'en seriez-vous pas aussi heureux que je l'espérais?
l'homme
Je suis ému.
LAURE
Asseyez-vous sur ce banc... Et donnez-moi votre main. (7/ obéit.) Oh! je n'avais jamais touché votre m^n î Mais c'est une main de femme... Je la vois très bien pétrie par une main d'homme et se dérobant pudiquement à cette étreinte virile. {Elle ril,) Prince, une main de femme est assez forte pour me conduire de l'autre côté de la vie... pourvu qu'elle serre fidèlement la mienne, pourvu qu'elle ne laisse jamais tomber la mienne. {Avec enjouement.) J'ai rêvé cette nuit que je partais vous rejoindre. Je traversais d'abord une ville équivoque, où les hommes semblaient méchants et malades, puis, j'arrivais dans un hôtel, au flanc d'une montagne et je vous apercevais tout au sommet de la montagne, devant un autre hôtel, allongé sur une terrasse qui surplombait le vide. Je vous criais : « Prince, je vous vois vivre, là-haut, en plein ciel, dans la pure lumière, sous l'œil du soleil, je vous vois î » Vous m'appeliez joyeusement et je me hâtais vers vous, par les escaliers de pierre qui serpentaient dans le roc. Dites, prince, voulez-vous que nous cherchions cette montagne? Nous la trouverons certainement. {Bas.) Tout ce qu'on rêve existe. Il suffit de chercher.
l'homme, Venlaçanl.
Nous chercherons.
LAURE
Il y a un monde parfait comme la musique. Un monde où chaque parole apaise comme un accord majeur... Mais c'est un monde perdu. Il nous faudra peut-être des années pour le retrouver.
l'homme Nous le retrouverons.
LAURE
Rêvez-vous de moi ?
Certes.
LAURE
Comment me voyez-vous ?
l'homme, la serran! conlre lui.
Aussi mystérieuse qu'aujourd'hui.
LAUREj avec une nuance (Tinquiélude.
Et que dis-je, dans vos rêves ?
l'homme Rien. Vous vous taisez quand j'interroge.
LAURE
Tant mieux. Et que me demandez-vous ?
l'homme Vos secrets, naturellement. Vos secrets... et les miens.
LAURE, soudain méfiante, agitée, se dégageant. Ils sont enfermés dans la cassette royale.
l'homme Où est cette cassette?
LAURE, désignant son panier.
Vous voyez bien que je la porte avec moi. Je ne la quitte jamais.
l'homme
Que contient-elle ?
LAURE
Ne me le demandez pas. Il m'est impossible de vous répondre.
l'homme, loiichanl le panier.
On ne peut pas l'ouvrir ?
LAURE, effrayée, cachant le panier derrière elle. Vous ? Ouvrir la cassette royale I Vous n'y pensez pas.
l'homme Pourquoi ?
LAURE
Ce serait une honte et un sacrilège ! Seul, mon prince l'ouvrira.
l'homme Ne suis-je pas votre prince ?
LAURE, se levant, avec éclat.
N'espérez pas m'abuser plus longtemps. Vous vous êtes introduit ici sous un déguisement, avec la complicité du médecin ! Ces vêtements cachent une chair de femme... Oui, une gorge flétrie et maquillée de vieille souveraine. Derrière ce sourire, il y a des pensées de femme, cauteleuses, cruelles, curieuses ! {Elle fait sauter d'une chiquenaude le chapeau de l'Homme, se décoiffe brusquement et lui pose sur la léte son propre chapeau, ridicule-
menl emplumé.) Vous êtes la reine ! Vous avez pris le visage du prince pour me dérober mon secret ! Vous ne saurez jamais ce qu^il y a dans la cassette, Madame! J'aimerais mieux mourir que de vous le laisser voir ! (Menaçante,) Allez-vous-en ! J'ai envie de vous étrangler.
l'homme, se décoiffant et ramassant son chapeau,
Laure î
LAURE, !e poursuivant.
Courez ! Courez ! Vous n'irez pas loin, c^est moi qui vous le dis. Vous serez saigné par les vampires I (// sort,)
RIDEAU