ACTE III
phrase me parvient ; elle me paraît contenir une allusion à mon adresse... Je me promène à la campagne. Une pauvresse est assise sur une borne ; je ne puis m^empêcher de penser que c'est un signe, un avertissement symbolique du destin. Les disques verts ou rouges d'événements mystérieux s'allument et s'éteignent sans cesse dans ma nuit.
LUC DE BROXTE
Que dit votre médecin ?
l'homme Pas de tares organiques, pas de lésion de la moelle épinière. Mais un système nerveux usé, surexcité.
LUC DE BRONTE
Et que conseille-t-il ?
L "ho M ME
Oh, c^est facile à deviner.
LUC DE BRONTE
Ahl
l'homme
Oui ; mais c^est un imbécile. On ne peut pas le sortir de sa physiologie. Or j'ai Timpression que, dans mon cas, il y a une énigme d^un autre ordre à deviner... Vous êtes très perspicace, mon cher de Bronte. Vous déchiffrez les êtres comme un égyptologue ses hiéroglyphes. Que pensez-vous de moi ?
LUC DE BRONTE
Vous arrivez à l^âge où le diable trouve plus prudent de se faire ermite. Faites comme le diable. Il sait vivre.
64 L'HOMME El SES FANTOMES
l'homme Je ne suis pas un vieillard.
LUC DE BRONTE
A quarante-cinq ans, le diable n'est plus jeune.
l'homme Ainsi, dételer ? Même conclusion que le morticole ?
LUC DE BRONTE
Pour une fois, oui. Dételer progressivement.
l'homme J'ai vécu pour les femmes...
LUC DE BRONTE
Croyez-vous ? Je dirais plutôt contre les femmes.
l^homme Pour ou contre, j'ai vécu avec elles... Et je me demande si je vais pouvoir exister sans elles.
LUC DE BRONTE
Vous avez déjà merveilleusement réussi à expulser ia fetnnie de votre vie. Vous en expulserez les femmes.
L^fiOMME
Je vous comprends mal.
LUC DE BRONTE
L'homme qui a possédé, puis rejeté des dizaines de femmes, a supprimé la femme de sa vie, parce qu'il en a supprimé l'amour. Il s'est continuellement préservé, refusé. Il prend sans donner* II croit poursuivre et il fuit. Il ne cherche pas à s^unir,