QUATORZIÈME TABLEAU
Une rue, le soir.
Deux Jeunes Filles entrent de gauche,
PREMIÈRE JEUNE FILLE
Elle m'a dit, le médium, elle m'a dit qu'elle pensait que, ce soir, nous aurions une petite matérialisation.
DEUXIÈME JEUNE FILLE
Impérator ?
PREMIÈRE JEUNE FILLE
Non, l'autre esprit, le mage hindou.
DEUXIÈME JEUNE FILLE
Samiri ? Mais voilà des semaines qu'il ne vient plus. Il paraît qu'il est en colère contre le pharmacien, le type aux allumettes.
PREMIÈRE JEUNE FILLE
Il lui a pardonné, à cause de sa bêtise et il a promis à Mme Paturon qu'il reviendrait.
{Elles passent,) {Entrent de gauche la Secrétaire des séances, une vieille fille, causant avec le Pharmacien, aux gestes précis, au front stupide,)
LE PHARMACIEN
Je ne vous dis qu'une chose : je me rends à leur séance dans un esprit de contrôle impitoyable.
LA SECRÉTAIRE
Vous allez encore torturer ce malheureux médium ?
68 L'HOMME ET SES FAD'TOMËS
LE PHARMACIEN
J'userai de mon droit de conttôle.
LA SECRÉTAIRE
Elle a dit que si vous recommenciez à frotter des allumettes sous sa chaise, elle ne se prêterait plus aux expériences.
LE PHARMACIEN
Parbleu I Elle sera bien en peine de leà fdire réussir, si je Pempéche de tirer ses ficelles ! Rappelez-vous la séance de février ; c'est un fil attaché à son gros orteil qui a fait tomber la potiche. A son
gros orteil, rappelez-vous I
(lia passent,)
{UHomme paraît avec le Peintre, un vieux
monsieur aux cheveux longs^ aux yeux
naïfs.)
LE PEINTRE
Vous avez le droit de vous moquer de moi. Je n'ai jamais exigé d'être cru sur parole. Je ne vous dis qu^une chose : venez ce soir à notre réunion.
l'homme, riant.
Chez des spirites ? Moi qui n'ai jamais iiiis le pied dans une église ? Mais je ne pourrais plus me regarder sans rire^ mon cher monsieur Gréant I
LE t»EINTtlE
Je parlais comme vous, jusqu'au jour de ma conversion. Figurez-vous que..,
{L'Ami passe en sens inverse. U Homme Va vu, mais il détourne les geux et feint d'écouter le Peintre avec une profonde attention.)