‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 61 sur 138 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

mettez-moi de me garder le secret et je vous dirai la vérité.

Vous avez ma parole.

LE MÉDIUM

Eh bien... la sonnette astrale, c'est un truc. La voilà. (Elle tire de son corsage une clocheîle cT argent») Précieuse petite chose, mais pas astrale du

tout.

l'homme Ah?

LE MÉDIUM

Vous avez pu juger ces gens Paturon ? Très basse mentalité. Très sots et un peu malades. Les deux jeunes filles se croient possédées. Dans l'intimité, elles se donnent des noms de diables î Le peintre, lui, a des taches noires sur la rétine : il voit la nature tachée de noir et la peint tachée de noir. Mme Paturon, c'est une simple idiote. Elle croit que Benvenuto Cellini lui dicte ses menus. Vous comprenez qu'avec cette clique, les phénomènes spontanés ne suffisent plus ! Il faut des miracles. Eh bien, je leur en donne. L'autre soir, j'en ai réussi un dont je suis très fière.

l'homme Un miracle ?

LE MÉDIUM

J'ai fait voir à la secrétaire une araignée sur ses genoux. Et il n'y avait pas d'araignée. Je suggérais.

l'homme

Et le reste? Etait-ce aussi de la suggestion ?

LE MÉDIUM

Non. Le reste était pur.

l'ho> Vous n'avez pas influencé la table?

LE MÉDIUM

Absolument pas. (Se reprenant,) Ah, oui, au début. J'ai fait dire par Samiri que Mme Paturon voyait la vérité. C'était un petit encouragement.

l'homme

Oui, mais après ? Vous n'avez rien inspiré de ce qui a été dit après ?

LE MÉDIUM

Pas une lettre. Je promets.

l'homme Croyez-vous que l'un des assistants ait pu le faire ?

le médium

Personne I Beaucoup trop stupides, même pour tricher.

l'homme

Et cette main qui a saisi la mienne ?

le médium

Je n'y étais pour rien.

l'homme Vous le jurez ?

LE médium, haussant les épaules.

Puisqu'on me tenait les bras.

C'est vrai.

LE MÉDIUM

D'ailleurs, j'ai repensé au phénomène. On pourrait l'imiter avec un gant de caoutchouc et de la

glace pilée.

l'homme, soupçonneux.

Vous n'aviez pas de compère?

LE MÉDIUM, simplement.

Si, mais dans la gouttière.

l'homme, sîupéfaiî.

Vous aviez un compère dans la gouttière ?

LE médium J'avais emmené mon Hindou, pour la clochette astrale. (^Xvec une grimace.) Le pharmacien n'a rien vu! J'ai donné mon signal parla lumière.

l'homme Comment ?

LE MÉDIUM

Quand la table a dit : « Éteignez », c'était le signal pour la lumière.

l'homme

¥A vous prétendiez n'avoir influencé la table qu'une seule fois!

LE MÉDIUM, né gli gemme ni.

Ah, pardon. J'avais oublié la lumière.

l'homme Et plus tard, quand la table a dit '- « Lampe » ?

le médium C'était pur. Tout à fait pur. {UHomme a un

lOé L'HOMME ET SES FANTOMES

gesîe de découragement .) C'est ma sincérité qui vous déroute, n'est-ce pas? Si je niais toute supercherie, ou si je prenais votre argent pour vous dire que tout fut supercherie, vous seriez fixé. Ah, que les hommes sont bêtes î Ils croient que la vérité est un rond de soleil qui saute sur un mur blanc... Il y a beaucoup d'ombres qui grignotent le disque de la vérité. Il faut voir les ombres et la vérité. J'aurais pu tricher toute la soirée, mystifier ces idiots à fond, leur montrer Jules César dans des voiles de mousseline... Est-ce que cela supprimerait les esprits? Est-ce ma sonnette astrale qui fait que vos mortes ne soient pas vos mortes ? Doutez-vous encore que les morts revivent ? Oh, il faut être aussi stupide que le pharmacien, pour ne pas savoir qu'ils s'accrochent à vous comme des enfants qui vous tirent par la robe ! Les Mme Paturon les appellent ? ... Moi, je ne peux pas m'en défaire... {Elle le regarde,) C'est singulier : vous devriez essayer de ne pas croire aux esprits... et vous cherchez des raisons pour y croire.

l'homme C'est vrai.

LE MÉDIUM

Vous n^avez pourtant rien de bon à attendre d^eux. Vous rendez-vous compte qu'il y a des furies qui vous cherchent ?

l'homme Oui.

le médium

Elles ont trouvé leur chemin jusqu^à vous. Elles reviendront.

l'homme

Elles sont déjà revenues.

LE MÉDIUM

Et que comptez-vous faire, pour leur échapper ?

l'homme Je n^en sais rien.

LE MÉDIUM

A votre place, je ne resterais pas ici, tant que le mois de mai ne sera pas écoulé.

l'homme Pourquoi ?

LE MÉDIUM, flairanî autour d'elle comme un animal.

L'atmosphère de cette chambre est extrêmement désagréable.

{Elle va écouler un instant contre une cloison.) l'homme Vous entendez quelque chose?

LE MÉDIUM

J'avais cru... Vous savez qu^'il y a des esprits qui lisent l'avenir, comme vous, un article de journal ? Il y en a même qui font l'avenir. Cette femme, cette Alberte, je crois, avait-elle de sérieuses raisons de vouloir se venger de vous?

l'homme Oh, les plus sérieuses.

(Un silence.)

LE MÉDIUM, humant Pair et frappant soudain du pied.

J'en étais sûre I C'est le brûlé, le plâtre brûlé que cela sent ici I

Vous croyez ?

LE MÉDIUM, avec l'mpalience.

Mais oui, voyons ! Vous ue sentez donc pas?

l'homme, hésitant, influencé.

Peut-être... Une légère odeur de brûlé...

LE médium, avec décision.

Partez pour la campagne. N'hésitez pas.

J'y penserai.

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