LE FANTOME DE L^ALLEMANDE
Toujours pas avec moi !
l'homme Qui es-tu ?
le FANTOME DE l'aLLEMANDE
Greta Hinz, de Berlin, que tu as rencontrée sur le bateau de Montreux. Il a passé deux nuits avec moi et s'est enfui le second matin, sous prétexte que je faisais de la .gymnastique et qu'il ne pouvait pas entendre craquer mes jointures. (Elle exécute,
en bondissant çà et là, des mouvements de gymnastique.) Ein, zwei, drei... Ein, zwei, drei.,, Ein, zwei, drei !
Assez, clown ! {Aux autres.) Elle m'avait attiré dans sa chambre, au Palace, et quand son lit craquait, elle battait le matelas de ses jambes desséchées, en]\iv3.ni'.verdammtes bett ! Des neuf heures du matin, elle s'emplissait de viande crue comme un fauve.
LE FANTOME DE l'allemande, bondissant éper dûment.
Ein, zwei, drei ! Ein, zwei, drei !
L'HO\rME
Non, je n'ai pas connu la volupt . avec ce squelette.
{Le fantôme de Laure sort des décombres. Elle est iccoutrée comme dans la maison d^aliénés, S^on masque est immobilisé dans une grimace de folie.)
LE FANTOME DE LAURE
Moi qi/. étais ardente et douce, vous m'avez délaissée ccnime les autres.
l'uomme Pas toi, Laiîre I Pas av jc ces furies I Toi, la seule que j'aimais !
le FANTOME de aure, courant çà et là avcj égarement.
Non, prince, voii ne m'aimiez pas. Vous aimiez les ombres de la fo 2 et du malheur, qui dansaient
118 L'HOMME El SES FANTOMES
autour de moi. Veux-tu connaître enfiji le secret que tu étais venu m'arracher, dans le jardin des fous ?
L''nOMME
Oui.
LE FANTOMii l:K LAURE
Tu voulais me voir moi te !
LE FANTOME DE l/lIYSTÉRIQUE
Moi aussi !
Moi aussi !
loy ia, mich auch !
l'homme, époiiianié.
Non !
LE FANTOME DE L^H YSTJ^JRIQ UE, aUX aulrCS,
Nous sommes mortes parce qu^il l'a voulu.
LE FANTOME DE LAURE
Tu payais notre amour avec des rêves de meurtre.
LE FANTOME d'aLBERTE
Tu maudissais nos caresses, nos larmes et nos dévouements.
LE FANTOME DE l'hYSTÉRIQUE
Nos corps même, tu les haïssais.
l'homme
Ce n'est pas vrai î Je vous ai désirées, toutes î J'ai désiré tout ce qui a respiré sui la terre t
LE FANTOME DE LA VIEILLE
Tu es jugé, cœur vide.
(Les fantômes eniourenl l'Homme, Celui dWlberie fait tournoyer une corde au-dessus de lui, comme un lasso,)
l'homme, dans un cri d^angoisse.
Disparaissez, vampires ! Patrice I Patrice î Au secours !
{Les fantômes ricanent,)
LE FANTOME DE LAURE
Tiens ? Tu appelles ton petit ami ? Pourquoi donc le fuis-tu depuis si longtemps ? Veux-tu le savoir ?
LE FANTOME DE L^iiYSTÉRiQUE, lui parlant à Voreille.
Une fois déjà, tu l'as appelé à ton secours. Une fois déjà, il t'a délivré de moi I Veux-tu savoir pourquoi tu l'as si mal reçu, quand il t'a dit que je m'étais donnée à lui ? Tu étais jaloux ! Pas de lui, non, mais de moi î
{Les fantômes ricanent, V Homme gémit.)
LE FANTOME DE LAURE
Tu l'aimais d'amour. Tu n'as jamais aimé que lui!
{U Homme s* est retourné, les poings aux oreilles, pour ne pas entendre, A ses côtés, se dresse le fantôme de sa Mère. C'est une dame en deuil, au masque souriant et bon. Elle est jeune encore et de taille surhumaine^
telle que les grandes personnes apparaissent aux enfants. Elle congédie les fantômes d^un petit geste de la main. Ceux-ci disparaissent. La Mère s^agenouille près de l'Homme, le regarde en silence, puis lui caresse les cheveux).
l'homme, 5e retournant el la reconnaissant.
Mère ! (// se blottit contre elle.) Sont-elles parties ?
LE FANTOME DE LA MÈRE
Oui, mon chéri. Je les ai renvoyées.
l'homme Il y en a une qui a voulu m'étrangler avec son lacet.
LE FANTOME DE LA MÈRE
N'aie pas peur. Elles ne reviendront plus.
l'homme Mère...
le FANTOME DE LA MÈRE
Mon enfant ?
l'homme
Est-ce vrai, ce qu'elles ont dit de moi ?
LE FANTOME DE LA MÈRE
Mais non. Des calomnies, des inventions de mcchantes femmes. Ne les crois pas.
l'homme J'ai aimé, n'est-ce pas ? J'ai vécu... J'ai souffert ? Comme les autres ?