ACTE I
gile, sî peu importante soît-elle, ne se tranche pas comme une herbe au bord du sentier.
ROUGÉ, souriant.
Personne ne comprendrait votre démonstration. Vous n'empêcherez pas les noirs d'évaluer la vie humaine au prix qu'elle coûte. Voilà un chef qui est déjà durement atteint par la perte de ses captives, — deux vies de six cents francs chaque, — et vous l'accablez parce qu'il a supprimé une vie de quinze francs? On vous jugera incohérent. Allez, la meilleure solution serait encore de retrouver les captives.
LE CORMIER
Je me charge de les ramener dans les quarantehuit heures. {Rougé siffle.) A une condition...
ROUGÉ
LaqueUe ?
LE CORMIER
Non, c'est inutile.
ROUGÉ
Pourquoi ? Dites toujours.
LE CORMIER
Me donnez-vous une dizaine de miliciens armés et montés ?
ROUGÉ, ril, puis ironiquement Il ne vous faut pas d'artillerie ? Vous voulez
VOUS tailler un empire? Razzier les villages ? Ou proclamer la guerre sainte ?
Je voudrais simplement poursuivre la caravane de Maures marchands d'esclaves qui a passé cette nuit dans la forêt, en route pour les mines de sel.
ROUGÉ
Tiens, le renseignement est intéressant.
LE CORMIER
Vous pouvez être sûr que les captives ont été enlevées par eux.
ROUGÉ
C'est bien possible.
LE CORMIER
Comme nous avons promis aux indigènes de les délivrer de leurs oppresseurs, comme c'est la seule justification de notre présence dans ce pays, je regrette que ma demande vous ait paru comique.
ROUGÉ
Vous avez dû en lire, des manuels de colonisation ! Les marchands d'esclaves, mon ami, c'est une plaie dont ni les miliciens, ni les coups de fusil, ni les cavalcades ne nous débarrasseront. Il faut composer avec ce fléau comme avec les autres. Et puis, entre nous, 43 degrés... c'est un peu trop pour faire la guerre.