SCENE IV
LES MÊMES, MADAME LE CORMIER
(Madame Le Cormier renlre du fond. Elle écoule la conversation et échange un regard avec son mari.)
ROUGÉ, s'amusanl.
D^ailleurs, vous n^êtes pas logique ; vous considérez l'Almamy comme un criminel et vous voulez lui rendre ses captives !
LE CORMIER, avcc décision.
Oui, après l'avoir fait chicotter.
ROUGÉ
Tout le pays vous croirait fou. Le chimpanzé ne comprend pas les contradictions. Et vous oubliez toujours que nous régnons sur des chimpanzés. Retournez donc simplement au village et priez l'Almamy de venir me parler. (Souriant.) Je vous garantis qu'en cinq minutes, j'éclaircirai cette sombre histoire. J'ai appris le langage des singes, moi.
LE CORMIER, froidement.
Bien, Monsieur.
(Madame Le Cormier^ qui est sortie à gauche sur les mots de Rougé : « Retournez donc simplement au village, » reparaît, apportant le casque blanc de son mari. Il s'en coiffe et sort au fond.)
MADAME LE CORMIER, SUr le SCUlL
Prends garde au soleil. Sois prudent I SCÈNE V
LES MÊMES, moins LE CORMIER, LE FÉTICHEUR.
ROUGÉ, qui s'est levé, se dirige vers la droile, mais deux accords de guitare, dirait-on, cinglants et bizarres, Varrêlent.
Tiens, qu'est-ce que c'est ?
MADAME LE CORMIER, SUr le SCuiL
C'est le féticheur.
{Le féticheur paraît à droite, se dirigeant vers la véranda. A son cou, à ses bras, à sa ceinture, à ses jambes, pendent une quantité incroyable de grigris, petits miroirs de traite, clochettes, sachets en peau de singe ou de serpent, cornes d'antilopes^ parchemins couverts d'incantations, etc. Il porte un petit violon nègre dont, à chacun de ses pas, il tire deux accords, toujours les mêmes. Il se glisse d'un pas souple et rythmé jusqu'à l'entrée de la véranda, où il s'arrête.) -
ROUGÉ
Qu'est-ce que tu viens faire, ici, sale nègre ?
LE FÉTICHEUR, entrant.
Moi, pas sal'nègre. Moi, grand fétisseur... Moi y a connaisse tous les petits dénions de la forêt.