ACTE II
EDOUARD
Alors, je me demande sur quoi vous pouvez bien baser votre conviction ?
ALBERT
Sur le sentiment d'une présence. Oui, sentir avec force et de manière permanente qu'à travers cette forme assoupie, un être se manifeste, identique à ce que je l'ai connu, nettement difiérent de ce corps emprunté... la personne de Berthe, enfin, reconnaissable et continue dans son désir de m'atteindre. Je l'ai éprouvé déjà, ce sentiment de la présence...
EDOUARD
Quand cela ?
Lors du premier sommeil de Béatrice, quand elle a parlé de ce voyage en Algérie.
EDOUARD
Elle pouvait déchiffrer vos pensées. Vous lui souffliez probablement, sans le vouloir, les mots et les souvenirs dont la précision vous émerveillait.
ALBERT, hochant la iête.
Je ne sais pas s'il est aussi facile que vous le dites de communiquer involontairement sa pensée à un être. D^ailleurs, en d'autres circonstances, des circonstances où cette lecture ne pouvait avoir lieu, la présence de ma femme s'est imposée à moi, avec une force, une précision encore plus grandes.
5é L'AMOUR MAGICIEN
EDOUARD
Vous ne m'en avez rien dit.
ALBERT
Ah I c'est qu^il me fallait remuer des tristesses trop intimes. Mais tant pis, je veux que vous me compreniez. Vous connaissiez Berthe. Vous savez l'héritage que ses années de maladie lui avaient laissé?
EDOUARD
L'existence lui était peut-être plus lourde qu'aux autres femmes.
ALBERT
La réalité, la complexité du monde réel Pécrasait... Elle la fuyait dans la rêverie, dans l'inaction. Elle ne pouvait ni être à Pheure, ni écrire une lettre, ni trouver son chemin. Et souvent, pour cacher une faiblesse ou une faute contre la vie, elle inventait... elle déformait... Enfin, oui, elle mentait.
EDOUARD
Je sais.
ALBERT
Eh bien, un jour que Béatrice était endormie et que nous causions familièrement, évoquant des souvenirs du passé de Berthe, un mensonge s'est glissé dans ces souvenirs. Pas une erreur, un mensonge, adroit et inutile, qui avait exactement... le goût et l'odeur de ceux qu'elle faisait de son vi-