ACTE II
FERNANDE
Calmez-vous.
BÉATRICE
Vous doutez de moi, vous aussi. Tout le monde, ici, doute de moi.
FERNANDE, la regardant.
Je suis persuadée que vous êtes incapable de nous tromper volontairement.
BÉATRICE, à Albert.
Et vous ?
ALBERT, tourmenté.
Moi aussi, mon enfant. Je sais que Berthe réussit parfois à me communiquer sa pensée, par votre intermédiaire. Mais je sais aussi la fragilité de ces messages. Je sais qu'ils sont exposés à des erreurs de transmission, qu'ils peuvent être altérés, envenimés par des influences mauvaises. C'est ce qui explique les invraisemblances, les incohérences de celui-ci.
BÉATRICE
Je vous avais prévenu qu'elle ne m'aimait plus et qu'elle voulait se venger de moi ! Eh bien, elle l'a fait. Elle a dû vous raconter des sottises pour m'enlever votre confiance. J'avais bien raison, de ne pas vouloir me laisser endormir ! Pendant que je me débattais avec elle, vous étiez là, pesant chaque mot qu'elle me soufflait, et vous pensiez : « Cette petite se moque de nous ! » C'est elle qui se moquait
72 L'AMOUR MAGICIEh
de vous! {Avec effroi.) Qu^est-ce que je vais devenir, si elle s'est juré de me perdre ? Il faut que je sois maudite, pour attirer sur moi tant de haine et tant de méchanceté î (A Albert, dans un élan.) Monsieur Carolles, j'aimerais mieux être morte que de vous entendre m'appeler tricheuse ! {Edouard rit.) Pourquoi riez-vous ? C'est la vérité. D'ailleurs, la mort n'est plus loin pour moi.
FERNANDE
Béatrice 1
Je sais ce que je dis... C'est elle qui m'aura tuée... (A Edouard.) Mais pas elle seule, monsieur Felletin, non, pas elle seule!
{Elle sort à droite. Tous trois se regardent avec gêne.)
RIDEAU