ACTE III
la vie, qu'elle était malheureuse et qu'elle me le cachait. (// lui montre une lettre.)
FERNANDE, après ovoir lu.
Tu sais qu'elle se plaignait souvent sans raison.
ALBERT
En parcourant les réponses de sa mère, on pressent une plaie secrète, un mal inguérissable dont elle a dû chercher le soulagement dans la mort.
FERNANDE
Ce sont les inventions de Béatrice qui t'ont mis cette idée-là en tête I
ALBERT
Oui, mais qui l'a soufflée à Béatrice, cette idéelà ?
FERNANDE, Saîsîe.
Qui?
ALBERT
C'est toi. Elle ne te paraissait donc pas aussi absurde qu'aujourd'hui.
FERNANDE, après un silence.
C'était une impression passagère. Je n'y ai jamais repensé depuis.
ALBERT
J'y ai repensé, moi.
FERNANDE
A quoi bon ? Puisque c'est une énigme sans réponse ?
ALBERT
Ce n'est d'ailleurs pas la seule qui me tourmente... Quand une femme est capable de cachera son mari son attirance vers la mort... elle est capable de lui cacher bien d'autres choses.
FERNANDE
Comment oses-tu la suspecter, si tu crois qu'elle connaît encore tes pensées ?
ALBERT
Depuis qu'elle n'est plus là, son âme m'apparaît comme un monde inexploré, plein de gouffres, de détours et d'embûches.
FERNANDE
Je sais ce que tu penses et c'est un soupçon tellement bas, tellement absurde...
ALBERT
Non, tu ne sais pas ce que je pense. Si j'avais eu les soupçons que tu dis, j'aurais commencé par interroger Edouard. Et c'est le dernier homme qu'on puisse accuser d'une infamie pareille. Mais il y en a d'autres... pour qui ça n'aurait même pas été une infamie.
FERNANDE
Quels autres ? Je ne comprends pas.
ALBERT, lui tendant un paquet de lettres. Tiens, j'ai mis ensemble des lettres d'inconnus...