‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 46 sur 68 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Amis de jeunesse, relations d'hôtel ou de sanatorium, je ne sais pas. Des noms que je ne lui ai jamais entendu prononcer...

FERNANDE, refusùTil de prendre les lettres. Je ne les lirai pas. Tu me connais, n'est-ce pas ? Une trahison, une dissimulation de ma part te semble impossible ? Eh bien, on viendrait, après ma mort, fouiller dans la masse des lettres que j'ai reçues depuis mon enfance, on en trouverait certainement qui sembleraient inquiétantes, à cause de leur brièveté, ou de Téloignement des circonstances.

ALBERT

Oui, mais si, par impossible, il y en avait qui fussent véritablement inquiétantes...

FERNANDE

Eh bien ?

ALBERT

Elles ne seraient peut-être pas avec les autres I (Bas.) Elle mentait. Toute femme qui ment est double et peut mener une vie double.

FERNANDE, remuant ses souvenirs.

Elle mentait pour esquiver une corvée ou pour masquer sa paresse. Mais une faute, comment te l'aurait-elle cachée ? Comment Taurait-elle commise, avec ce grand amour qui remplissait ses jours ? (// hoche la tête.) Veux-tu savoir ce qu'elle dissimulait ? C'étaient des inquiétudes sur toi, sur

ta santé, des scrupules à ton sujet. Elle se reprochait de t'irriter par sa paresse, d'alourdir ton existence par sa lenteur. Alors, elle prenait la résolution d'être exacte, de ne plus te faire attendre, de lire plus rapidement les livres que tu lui donnais... Et quand ses efiForts avaient échoué, elle venait pleurer dans mes bras I (// est surpris par une brusque crise de larmes. Il s'agenouille parmi les lettres éparses et les replace dans les carions. Elle continue.) Oui, range, range tout cela... Qu'elle garde ses petits secrets... Ne détruis pas ton passé. Ne trahis pas ce que la vie t'avait donné de plus précieux I

ALBERT, pleurant.

Dire que c'est toi qui la défends contre moi 1 Ma Berthe 1 Ah, tu viens de la faire revivre, toi aussi. Et dans sa vérité, cette fois... Oui, c'est bien ainsi qu'elle était. La meilleure, la plus douce, et secrète, seulement pour m'éviter un chagrin... Comment ai-je pu être assez vil, assez aveugle, pour... pour...

FERNANDE, oucc pitié^ le regardant.

Ce sont les cadeaux que les morts nous apportent, quand on leur permet de revivre... Il y a des gens qui ont perdu la raison, pour n'avoir pas su chasser leurs fantômes. Tâche de renvoyer le tien.

ALBERT, bas, se relevant.

C'est à moitié fait.

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