SCÈNE I
ALBERT, BÉATRICE
Béatrice repose sur une chaise longue, devant ^e feu. Albert est assis à sa table. Il vient de déposer son livre.
ALBERT
Etes-vous sortie aujourd'hui, Béatrice?
Oui, monsieur Carolles, je me sentais plus forte.
ALBERT
Vous n'avez pas eu froid ?
BÉATRICE
Non. Il faisait tiède malgré la brume.
ALBERT
Vous avez vu Péciaircie ?
BÉATRICE
Oui. Il y a eu des reflets sur la mer, pour la première fois depuis des semaines... Le ciel était couleur de nacre... Et j'ai vu deux oiseaux perchés sur deux mottes de tourbe, au milieu du marécage, et qui chantaient, le cou tendu l'un vers l'autre.
ALBERT
Le printemps n'est pas loin.
BÉATRICE
Avez-vous remarqué l'hortensia, devant la maison ? Il rebleuit.
ALBERT
C'est vrai. Depuis une semaine.
BÉATRICE, riani.
Le chat se promenait sur la route. Il avait les pattes vertes.
ALBERT, souriant.
II a joué sur le baril que j'ai fait repeindre... Vous ne vous sentez pas trop fatiguée ?
BÉATRICE
Non, monsieur Carolles... Je voulais même vous dire que demain, j'aurais envie de me remettre au travail.
ALBERT
Pas encore, Béatrice. Reposez-vous jusqu'à l'été.