‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 6 sur 68 · ACTE î · texte numérisé non relu

ACTE î

détestait ces villas de baigneurs qui poussent au bord des plages... Elle s'était occupée de votre chambre trois jours avant le malheur. C'est elle qui avait fait mettre ces rideaux de perse. Elle avait décroché des images de piété qui doivent être encore au grenier... Elle vous attendait vers le l""^ août.

EDOUARD

Albert, je tiens à vous expliquer cet enchaînement de circonstances qui fait que nous arrivons seulement aujourd'hui.

ALBERT

Je l'ai compris depuis longtemps.

EDOUARD

Je serais un homme très malheureux si vous pensiez que j'ai retardé votre sœur d'un seul jour... Vous avez dû recevoir le 30 juillet le télégramme où je vous annonçais que nous ne pouvions passer les vacances avec vous ?

ALBERT

Oui, la veille de sa mort.

EDOUARD

Ma Compagnie m'envoyait d'urgence dans le Liban. Il fallait obéir ou démissionner. Nous nous sommes embarqués le i^'^ août à Marseille et nous n'avons trouvé votre télégramme que le 12, à notre arrivée dans les montagnes. Fernande était

malade. Elle ne pouvait songer à se remettre en route seule, au plus fort des chaleurs. Et moi, j'étais obligé de remplir ma mission... Nous sommes repartis le 28 de Beyrouth.

ALBERT

A aucun moment, je n'ai pensé qu'il vous fût possible de venir plus tôt.

EDOUARD, désignant sa femme.

Dites-le-lui. Vous lui ferez du bien. Si vous saviez comme elle se tourmente I

ALBERT, à Fernande.

Est-ce vrai ?

FERNANDE

J'aurais dû repartir seule, même malade. Notre mère l'aurait fait.

ALBERT

Ma chérie, tu ne pouvais rien de plus pour moi ici qu'au fond du Liban.

{Un silence. Il réprime ses larmes. Sa sœur s^ appuie contre son épaule.)

EDOUARD

Vous ne devriez pas rester dans ce pays.

ALBERT

Je ne m'en irai pas avant qu'on ne l'ait retrouvée.

FERNANDE

Je comprends.

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