ACTE ni
ALBERT
Non, tout est simple, tout est vrai. Vous qui avez pris tant de chimères pour des vérités, n'accueillez pas la vérité comme une chimère, quand elle vous apporte un peu de joie.
{Elle recule, comme attirée vers le fond par quelqu'un.)
Qui est-ce qui s'approche ainsi de côté ? Qui estce qui vous tire par la manche ?
BÉATRICE, à voix bassc, craignant d'être entendue. Vous le savez bien.
ALBERT, allant à elle.
Oh 1 comment faire pour dissoudre cette ombre? Elle n'existe qu'en vous, Béatrice. C'est une image, un fantôme, qu^il faut chasser pour toujours. Il faut vivre, entendez- vous ! La seule vie qui vous soit donnée I La seule vie qui soit !
BÉATRICE
Chut I Chut 1 Plus bas I Elle est ici. Elle regarde. Elle entend.
ALBERT, avec douceur et mélancolie.
Non, Béatrice. Nous sommes seuls et nous nous aimons d'un amour défendu. Elle ne sait pas que nous la trahissons. Elle ne voit pas notre bonheur.
Béatrice, à qui ces derniers mots semblent avoir
110 L'A MO un MAGICIEN
asséné un choc d'une insoutenable violence, se débal contre une étreinte invisible.)
Mais qu'est-ce qu'il y a, ma petite fille ?
BÉATRICE, étouffant.
Je... Je ne peux pas... respirer.
ALBERT, la soutenant.
C'est la peur, ma chérie... Ce n'est rien que la peur...
BÉATRICE
Non... Ça me serre... ça m'étouffe...
ALBERT, appelant.
Anna ?
ANNA, paraissant.
Monsieur Carolles ?
ALBERT
Mademoiselle vient d'être, prise d'étouffements... Aidez-moi. Je ne sais que faire.
ANNA
Si c'est des étouffenients, il faut d'abord l'allonger tout à plat. Et puis, faut lui donner de l'air en grand... Si c'est des étouflPements.
{Albert étend Béatrice près de la porte. Il est à genoux devant elle.)
ALBERT à Anna, avec impatience. Eh bien, ouvrez la porte. Qu'est-ce que vous attendez? A quoi pensez-vous?