TABLEAU
Où était-ce?
ROMÉE
NICO
Ah?
ROMÉE
Personne
ne
su.
ROMÉE
Pourtant, quelqu'un t'a sauvé ?
NICO
Non.
ROMÉE
Tu as regagné la rive tout seul ?
NICO, éionné.
Quelle rive ?
ROMÉE
C'était là, n'est-ce pas, dans l'étang ?
NICO
Non... Je me suis pendu dans le grenier, près de la lucarne du milieu... Le clou existe encore... Au bout de quelques secondes, la corde a cassé. Je me suis évanoui. Je n'ai pas recommencé. (Un silence.)
ROMÉE
Pourquoi n'as-tu rien avoué à ta sœur ?
NICO
On m'aurait surveillé, enfermé peut-être. C'est
alors que nous sommes repartis pour les Indes. L'esprit s'apaise vite, là-bas... On ne souffre plus de l'inconnaissable. On accepte la vie. Ici, on la \ refuse. On demande à comprendre ! (Apremeni.) Comprendre ?... Croire, voilà ce qu'il faudrait... Destinée ou liberté, âme ou matière, il faut se confier à l'un quelconque de ces mots vides. Le repos est à ce prix. Mon mal, c'est de ne pas vouloir, de ne pas pouvoir être dupe...
ROMÉE, V entourant de ses bras.
J'ai appris quelque chose, mon chéri. Tous ces I tourments de la pensée sont en nous à la place de l'amour... Tous, même la pitié, même la justice, dont j'ai tant souffert autrefois. A présent, je suis indifférente à tout ce qui n'est pas toi... Tu dis que tu m'aimes... M'ainies-tu assez?
NICO
Je t'aime jusqu'à l'angoisse.
ROMÉE
Quelle angoisse ?
T^icOy bas, cherchant ses mots.
Ce lien qui est entre nous... ce pouvoir de ta présence... Qu'est-ce que c'est?... S'il n'y avait que le désir... tout serait simple, rassurant... C'est à la tendresse que l'énigme commence... Et il n'y a pas de réponse. J'ai cru que ton corps enfermait une réponse... Non... J'ai cru qu'on pouvait écraser la pensée sur ton cœur... Non... C'est dans tes bras
que celte exaltation devient le plus mystérieuse... y- Là, paroles, silence, tout a son venin... Qu'est-ce que c'est?...
BOMÉE, appuyant une main sur le fronl de Nico, Ne cherche pas, ne crains pas, ne pense pas.
Impossible.
ROMÉE
Alors, dis-moi chacune de tes pensées, la plus amère, la plus maladive. Cela te fera du bien. En ce moment, à quoi penses-tu ?
NICO
Nous nous aimons... et pourtant...
ROMÉE
Pourtant?...
NICO, péniblement.
Nous... cela n'existe pas... Il y a toi... Il y a '^ moi... Je suis seul...
RIDEAU
Le salon. Onze heures du soir. Clair de lune. Ni feu, ni lumière.
Riemke est assise près de la baie ouverte. Romée enlre du fond. Elle a son chapeau et son manteau. Riemke fait un mouvement.
ROMÉE
Oh !... Qui est ici ?
RIEMKE
Moi. N'aie pas peur.
Je t'ai cherchée dans ta chambre... Que fais-tu là?
RIEMKE
Rien... Est-il tard?
ROMÉE
Onze heures passées.... J'allais rentrer à la maison. Tu n'as pas eu froid, dans cette fenêtre ?
RIEMKE
Non. Il fait tiède.
ROMEE, la regardant.
Pourquoi es-tu triste?
RIEMKE
Suis-je triste ?
ROMÉE
Tu as pleuré.
RIEMKE
Je ne crois pas... Où est Nico ?
ROMÉE
Dans la bibliothèque.
RIEMKE
Il ne t'a pas reparlé de son projet ?
Lequel ?
RIEMKE
Retarder votre départ. Rester ici tout un mois encore.
ROMÉE
Si. Je crois qu'il s'y est décidé.
RIEMKE
Pourquoi ? Sous quel prétexte ?
ROMÉE
Il dit qu'il se sent mieux, qu'il s'est acclimaté... Je croîs en réalité que c'est pour toi qu'il reste.
RiEMKE, machinalement.
Il ne faudrait pas.
ROMÉE
Pourquoi ? Ne le trouves-tu pas plus calme, plus gai que le mois dernier?
RIEMKE
Il s'illusionne sur son état. Toi aussi, d'ailleurs. S'il passe l'automne ici, tout recommencera comme autrefois. A la longue, vois-tu, cette lèpre verte qui est sur l'eau, sur les arbres, sur les murs, finit par gagner les cerveaux... Comment vivonsnous, dans cette maison ?... On boit du thé, on rêve, on lit, on philosophe... On n'agit pas... Peut-être sommes-nous retranchés de la vie ?
Peut-être... Et c'est peut-être parce que je sens en moi une vie ardente, que vous m'êtes si précieux l'un et l'autre... J'aime votre faiblesse... J'aime ton cœur abrité des passions... Quant à Nico, ce qui me charme en lui, ce n'est pas tant son intelligence ou sa bonté que son inutilité, son détachement. Il n'a aucune espèce d'ambition. Il ne se trouve aucune espèce d'importance... L'autre jour, à ce thé, chez les Verloren, il y avait une vingtaine d'hommes et dé femmes qui discutaient... Nico se taisait et les regardait de côté, les yeux à demi fermés... Il me semblait le seul réel, le seul sage, le seul noble...
RIEMKE
Oui, le silence est noble. Le goût de la mort f aussi.
ROMÉE
Le goût de la mort ?
RIEMKE
Romée... J'ai peur de certains mots. Je crains de les appliquer aux êtres que j'aime, parce qu'ils classent, ils dépoétisent. Il faut tout de même les prononcer quelquefois... Nico est malade...
ROMÉE
Mais oui. Qui ne l'est pas? Le doute peut être une maladie... La foi en est probablement une. Il y a des gens qui sont malades de certitude. J'en connais.
RIEMKE
Es-tu sûre que le doute soit son mal... son seul mal.. ?
Que veux-tu dire ?
RIEMKE
Je me demande parfois s'il ne devient pas la proie d'une idée fixe.
ROMÉE
Laquelle ? Pourquoi es-tu inquiète ?
RIEMKE
Toi, tu ne l'es jamais?... Plus jamais?... (Un silence,)
ROMÉE
Non, plus jamais.
RIEMKE
P]videmment. Le temps s'écoule, rien n'arrive... Alors, ce qui vous a paru plein de sens et de menace vous semble incohérent, indifférent.
ROMÉE
Ce n'est pas le temps qui m'a délivrée de l'inquiétude... C'est l'amour.
RIEMKE
Je ne comprends pas. Si le danger existait, il y a six mois, il existe encore. Nos sentiments \ n'ont pas de prise sur ce qu'on appelle destinée.
ROMÉE
Si. La tendresse peut briser l'enchantement. J'ai parfois l'impression étrange qu'il y a eu là-bas, dans le temps à venir où se construisent les destinées, un choc sourd, un déplacement... (Avec ardeur.) J'ai tellement désiré qu'il vive ! J'ai tellement poursuivi le bonheur de mes pensées ! Ce
1 n'est pas en vain. Si les passions et les rêves ne pouvaient pas créer des avenirs nouveaux, la vie ne serait qu'une duperie insensée. Autant nous enfermer dans une cage de fer garnie de pointes et nous dire : « Dansez, vous êtes libres ! »... La vie
. n'est pas ça I...
RIEMKE
Tu espères, parce que tu es saine. Moi qui ru-
mine sans cesse dans mon coin des pensées ambiguës, j'ai moins de confiance... D'abord, je ne crois plus aux termes dont nous nous servons. Destinée, fatalité, n'ont plus de sens pour moi. Je crois que le Af^ mot de toutes les énigmes est en nous-mêmes. Ainsi, pour ce qui nous préoccupe... (Elle s'arrête.)
ROMÉE
Eh bien ?
RiEMKE, à regret.
C'est que je ne voudrais pas te troubler, t'accabler sous des responsabilités... Pourtant, je ne puis m'empêcher de penser que l'explication du mystère est en toi, en toi seule.
ROMÉE
En moi ?
RiEMKE, se ravisant.
Non... Je n'ai pas le droit de t'alarmer. Je ne suis pas assez sûre.
ROMÉE
Parle. Tes réticences m'inquiètent plus qu'une précision. Que crois-tu? Que penses-tu ?
RIEMKE
Eh bien, je pense que quand tu as vu cette face dans l'étang, aucun danger ne menaçait mon frère. Ce n'était pas une révélation du passé ou de l'avenir... Ce n'était qu'une hallucination... Mais depuis... je me demande si ce délire de ton esprit ne se transforme pas en réalité.
20(i LE TEAPPS EST UN SONGE
ROMÉE, réfléchissant.
Est-ce qu'une pensée... une chimère, peut devenir une réalité ?
RIEMKE
Quelquefois... C'est contagieux, la pensée... Ce que tu as rêvé, Nico a pu le rêver à son tour.
ROMÉE
Comment?
RIEMKE
Tu lui auras, sans le savoir, communiqué ta vision... Et maintenant... il est possible, oui, il est possible que le danger existe.
ROMÉE, iroublée.
Tu n'as pas trouvé cette explication sans motif. Il y a quelque chose que tu ne dis pas. Tu sais qu'il est en danger.
Non, non. Ce n'est qu'une supposition. J'ai réfléchi, voilà tout. Ne te tourmente pas, ma chérie.
ROMÉE, lui prenant les mains.
Tu sais bien que tu ne peux pas mentir... Est-ce donc si grave que tu n'oses pas me le dire ? Enfin, que se passe-t-il ?
RIEMKE, craz/2//ye.
Une chose toute naturelle, probablement... Je suis sûre qu'elle s'expliquera... C'est une lettre...
une lettre de lui... que j'ai trouvée ce soir dans le hall... Je l'ai ouverte... à cause de l'adresse...
ROMÉE
A qui est-elle adressée ?
RIEMKE
A Gelder, le constructeur de bateaux... Tiens, je l'ai là.
(Elle lui lend une le! ire.)
ROMÉE allume le lampadaire et lit en Iremblanl.
« De toutes les embarcations que vous m'avez montrées, celle qui me conviendrait le mieux est la barque verte. Voulez-vous me l'envoyer à l'essai pour une semaine?... » La barque verte !... Mon Dieu...
Allons, te voilà bouleversée. Il n'y a pourtant rien à craindre, puisque nous sommes averties. Nous ne laisserons pas s'accomplir le malheur, n'est-ce pas ? Nous nous défendrons.
ROMÉE
Contre qui? Contre quoi? Et comment se défendre ?
RIEMKE
En éloignant Nico. Une fois qu'il sera parti, tu verras, nous rirons de nos angoisses...
ROMÉE
Comment l'éloigner ?
RIEMKE
J'ai trouvé un prétexte... Tu sais que mon amie Velsen se marie ? Elle habite les environs de Rotterdam... J'avais refusé son invitation, mais rien de plus simple que de...
ROMÉE, Vinlerrompanl loul à coup avec ierreur, Riemke...
RIEMKE
Quoi?
ROMÉE
J'ai commis une imprudence terrible. Il y a quelques jours, il me parlait de sa maladie... Il me disait qu'il avait voulu se tuer, autrefois...
RIEMKE
Je ne savais pas.
Personne ne l'a su, mais il a essayé.
RIEMKE
11 s'est jeté à l'eau ?
ROMÉE
Ce fut ma première pensée, à moi aussi... Que ne l'ai-je cachée!... Que ne me suis-je tue !... J'étais si troublée par cet aveu, et en même temps si sûre d'avoir tout compris, que je lui ai parlé de l'étang... Je lui ai demandé comment on l'avait secouru...
RIEMKE
Eh bien ?
ROMÉE
Il m'a regardée, surpris : il ne s'était pas jeté à l'eau. Il s'était pendu dans le grenier. {Elle sanglote,) Tu avais raison... C'est moi qui lui ai donné cette idée... C'est moi qui le perdrai !...
RIDEAU
Le salon. C'est Vaulomne. Le soleil baisse dans un ciel d'or, Saïdyah est accroupi au milieu de la pièce, absorbé dans une rêverie sans objet.
Nico entre du fond.
NICO
Que fais-tu là, Saïdyah? Tu es aussi immobile qu'un de nos vieux hêtres. A quoi songes-tu ?
SAÏDYAH
A rien, toewan ^, à rien.
NICO
Sans doute... A quoi pourrais-tu bien songer?... Peut-être que ceux qui s'imaginent penser à quelque chose ne pensent à rien non plus. Car qui sait s'il y a quelque chose à quoi l'on puisse penser?... {Saïdyah tire une pipe de sa ceinture et demande du geste s'il peut l'allumer.) Oui... oui... Allume-la. {Il le fait.) Tu n'as pas trop froid ?
SAÏDYAH
Non, toewan,
(1) Prononcez : touvann.
NICO
Nous ne resterons plus longtemps ici, Saïdyah. Avant l'hiver, nous aurons quitté ce pays. Es-tu content de retourner à Java ?
SAÏDYAH
Si le maître est content, je suis content. Mais à quoi bon changer de place?
NICO
Oui, à quoi bon ?... Et d'abord, peut-on changer de place ? (// s'assied.) J'aime causer avec toi, Saïdyah... Tu me comprends mieux que personne.
SAÏDYAH
Il faudrait que j'aime bien peu le maître pour ne pas le comprendre.
NICO
Ma sœur m'aime... Ma fiancée m'aime... Et cependant, depuis quelque temps, je ne peux plus causer avec elles... Saïdyah, sais-tu ce que c'est que l'espace?
SAÏDYAH
C'est le petit chemin que parcourt la fourmi entre deux brins d'herbe... C'est le grand chemin vide que parcourt mon œil jusqu'aux étoiles.
NICO
Et le temps, sais-tu ce que c'est ?
SAÏDYAH
C'est un chemin aussi.
NICO
Saïdyah, ni l'espace ni le temps n'existent.
SAÏDYAH
Si le maître le dit, cela doit être vrai.
NICO
Je savais bien que tu me comprenais.
SAÏDYAH
Le soleil tombe déjà. Et les marais commencent à sentir... Faut-il fermer la fenêtre?
(Nico ne répond pas. Un silence.)
NICO, près de la baie.
Regarde ces éphémères, au-dessus de l'étang... Ils tourbillonnent dans la lueur jaune, comme s'ils étaient ivres ou fous... Ce sont des vieillards qui s'accrochent à la lumière... Il y a quatre heures, ils n'étaient pas encore au milieu de leur vie... Depuis, ils ont senti passer sur eux trente ou quarante années d'une existencie humaine. Ce soir — dans dix ans — ils mourront sous les roseaux... Le temps est un songe, Saïdyah...
SAÏDYAH, hochani la tête.
Depuis l'époque où le maître était enfant, depuis les matins où la babou lavait ses petits membres
dans le bassin de cuivre, sous la véranda... quelque chose a pourtant passé.
Nico, s*élendanl sur un canapé, tout près de Saïdyah.
Non... C'est notre esprit qui a traversé un songe immobile. Hier, aujourd'hui, demain, ce sont des mots, Saïdyah... Des mots qui n'ont de réalité que pour nos mesquines cervelles. Hors d'elles, il n'y a ni passé, ni avenir... Rien qu'un immense présent... Dans l'éternité, nous sommes en même temps à naître, vivants et morts... Crains-tu la mort, Saïdyah?...
SAÏDYAH
Oui, tant que tu es vivant, loewan.
Elle m'est indifférente. Je ne sais même pas si... {Il s'arrête») Mourir, ce n'est pas dormir, ce n'est pas rêver... C'est maintenant qu'on rêve... Les arbres, la terre, les vapeurs, voilà le rêve inexplicable. Mourir, c'est s'éveiller, c'est savoir, c'est peut-être atteindre ce point de l'éternité d'où le temps n'est plus un songe... cette marche où tout coexiste.
SAÏDYAH
Est-ce que le maître n'est pas heureux? Qui lui a fait de la peine ?
NICO
Personne, Saïdyah, personne.
SAÏDYAH
Parfois, quand il était petit, le maître devenait triste et regardait devant lui, comme s'il allait s'endormir. Mais pour l'égayer, je n'avais qu'à lui montrer les ronds de la lumière sur la natte, ou les nuages dorés, au-dessus du bois de palmes.
NICO
Je ne crois plus aux nuages, Saïdyah... Je ne crois plus à la lumière... Ils n'existent pas... Ou s'il existe quelque chose qui corresponde à ce que nous appelons nuages... lumière... nous ne pouvons pas le connaître... Nous ne pourrons jamais rien connaître de ce que voient nos yeux, de ce qu'entendent nos oreilles, de ce qui traverse nos cerveaux... Ah ! Saïdyah, rêver n'est rien. L'affreux, c'est de savoir que l'on rêve... C'est de marcher et de savoir qu'il n'y a pas de sol sous nos pas... C'est d'étendre les bras et de savoir qu'ils ne peuvent rien étreindre... car tout est fantômes et reflets de fantômes... Dis, s'il existait un chemin vers la certitude, vers la réalité, est-ce que tu ne le prendrais pas joyeusement ?
SAÏDYAH, hochanl la têie.
Le maître est malheureux et il ne veut pas dire pourquoi... Et je ne sais que faire pour le contenter. N'y a-t-il donc personne qui puisse l'apaiser ? N'aime-t-il plus rien sur cette terre ?
NICO, réfléchissant.
J'aime l'eau. (Un silence, myslérieusemenl,)l\ne
faut le dire à personne... On ne comprendrait pas... On voudrait me séparer d'elle... Qui sait ce qu'on inventerait?
SAÏDYAH
Le maître peut avoir confiance en moi.
NICO
Au début, je n'aimais pas l'eau d'ici. Je la trouvais fangeuse, immobile, répugnante. Mais depuis, je l'ai beaucoup regardée, j'ai passé des heures tout seul penché au-dessus d'elle... et je me suis mis à l'aimer... 11 y a des mares noires au pied des vieux remparts... On dirait des yeux fixes qui possèdent la vérité. Quant à l'eau du grand étang... je ne sais pourquoi, elle me rappelle Romée... Elle a des passions, des colères contenues, comme celles de Romée... Parfois, elle frissonne tout à coup par places, sans qu'on sache pourquoi... Eh bien, quand Romée éprouve une surprise ou une contrariété qu'elle veut dissimuler, une de ses joues se met soudain à trembler, comme l'eau... (Un si^ lence») Cet étang paraît clair : il ne l'est pas. Sous la surface où se reflète le ciel, il y a tout un monde obscur, impénétrable. (Bas.) Quand on regarde Romée dans les yeux, c'est la même chose... Leur clarté n'est qu'à la surface... En dessous, il y a la même ombre, le même froid mystérieux... C'est singulier, cette ressemblance... Je lui en ai parlé un jour... elle n'a pas compris... Pendant longtemps, j'ai cru qu'elle seule pouvait me donner l'apaisement, la certitude. A présent, je me de-
mande si la vérité n'est pas au fond de Peau... tout au fond.... sous la vase...
SAÏDYAH, à voix bossc.
Si la vérité se cache là où tu dis... Vive l'illusion, loewan !
RIDEAU
Le salon, quatre heures de l'après-midi.
Mme Beunke rêvasse devant le feu. Riemke entre du fond. Elle est en manteau de voyage, porte un sac et achève de boutonner un gant.
RIEMKE
Vous avez demandé la voiture, madame Beunke ?
MADAME BEUNKE
Oui, mademoiselle. Jan est en train d'atteler.
RIEMKE
M. Nico n'est plus ici?
Il est monté dans sa chambre.
RIEMKE
Vous en êtes sûre?
MADAME BEUNKE, SUrprise.
Mais oui, mademoiselle. Il fait sa valise.
RIEMKE, regardant sa montre.
C'est à cause du train. Nous n'avons plus beaucoup de temps.
MADAME BEriNKE
Quel jour faut-il compter vous revoir, mademoiselle ?
RiEMKE, déîournanl la iêle.
Dimanche, madame Beunke. Dimanche sans faute. Nous reviendrons pour dîner.
Tout sera prêt. Vous ne voulez pas vérifier les comptes, avant de partir, mademoiselle ?
RIEMKE
Non, je n'ai pas le temps, et je suis déjà si fatiguée...
MADAME BEI XKE, SOUpt'rant,
Cela fait plus d'une semaine... que vous ne les avez vus. C'est si pénible pour moi... cette responsabilité.
(Romée enlre,)
RIEMKE, qui n'écoutaii pas.
Madame Beunke, voulez-vous monter chez M. Nico ? Je me sens trop fatiguée.
MADAME BEUNKE
Oui, mademoiselle. Pourquoi faire ?
RIEMKE
Mais pour le presser. Pour lui dire que nous l'attendons.
MADAME BEUNKE
Bien, mademoiselle. (Elle sorl.)
RIEMKE, bas.
Alors, tu as bien retenu ce que tu dois faire. Nieo et moi serons ce soir chez les van Velsen... La cérémonie aura lieu demain matin... Toi, tu restes ici, tu envoies ton télégramme après-demain soir... pas avant... et tu pars pour Rotterdam dimanche.
ROMÉE
C'est entendu. Vas-tu prévenir Ida van Velsen ?
RIEMKE
Non. Notre visite est toute naturelle. Voilà plusieurs semaines qu'elle m'avait invitée à son mariage. J'avais répondu que la présence de mon frère m'empêchait de m'absenter. Il se trouve que Nico veut bien m'accompagner chez elle... Je me ravise et nous arrivons. C'est l'explication que je lui ai donnée dans ma lettre. Elle est suffisante.
ROMÉE
Dis-moi... ce télégramme... si je le fais trop pressant, trop pessimiste, Nico recevra un choc. Par contre, si je le fais incertain, rassurant, il peut hésiter à partir, vouloir revenir ici, et prendre le bateau suivant.
RIEMKE
Oui. Il faudrait que la décision du départ brusqué vînt de toi. Tu dirais, par exemple : « Ai reçu cable Java... Parents inquiets... Père assez malade... Pas danger de vie... Mais aimerait que Nico presse son retour ». Et tu ajouterais ; « Je
conseille partir immédiatement. Vapeur Samarang quitte Rotterdam lundi. Vous y attendrai avec Saïdyah et les bagages .»
ROMÉE
Ne pas parler de l'argent ?
RIEMKE
Non. Il a une lettre de crédit sur une banque de Rotterdam.
ROMÉE
Et s'il veut, malgré tout, repasser par ici ?
RIEMKE
Je l'en dissuaderai.
ROMÉE
ChutI Le voici.
Nico, entre du fond une valise à la main. C'est nécessaire?... Vraiment nécessaire?...
Quoi donc ?
NICO
Cette visite ?
RIEMKE
Sans doute. Nous sommes attendus. Tu as promis.
NICO
On m'a fait promettre... Cela me paraît tout à coup si absurde î S'en aller chez des gens que je n'ai pas vus depuis quinze ans... Il faudra causer avec leurs invités ?
RIEMKE
Pourquoi pas ?
NICO
Mais je n'ai rien à leur dire, moi... je n'ai rien à dire à personne.
ROMÉE
A personne ?
NICO, la regarde, puis baisse les yeux.
Il me semble, à présent, que chaque parole m'éloigne un peu plus des gens... même de ceux que j'aime.
RIEMKE, avec Irislesse,
Nico !
Je n'y peux rien.
MADAME BEUNKE, enlranl, La voiture est là.
RIEMKE *
Partons vite. {Elle embrasse Romée.) A dimanche, ma chérie. {Elle sort à gauche.)
ROMÉE, bas, à Nico.
"Ne sois pas sombre... Ne pense pas à moi, si mon souvenir te pèse... Laisse-toi vivre... Personne ne veut t'opprimer... Tu es libre.
{Mme Beunke a pris le sac de Riemke et est sortie à gauche.)
NICO
Oh! il vaut peut-être mieux être l'esclave des
êtres vivants que de sa pensée... (Avec une con- Irariété enfantine.) Mais pourquoi ne me laisset-on pas en repos? Pourquoi me traîne-t-on chez ces gens ? Si j'ai envie d'être seul, de me coucher par terre et de dormir ?
ROMÉE, vivement.
Tu as besoin de distractions... Cette visite te fera du bien, crois-moi.
NICO
Tu vois, toi non plus, tu ne me laisses pas... Personne ne me laisse....
VOIX DE RIEMKE
Viens-tu, Nico? Nous allons manquer le train.
NICO a un geste d* agacement, puis embrasse Romée. Au revoir.
ROMÉE
A bientôt, mon chéri.
(Nico sort. Bornée va à ta fenêtre et regarde s'éloigner la voiture. Elle agite la main, en signe d'adieu. Mme Beunke rentre.)
MADAME BEUNKE
Vous ne voulez pas dîner avec moi, mademoiselle ?
ROMÉE
Merci. Profitez donc de ces quelques jours de solitude pour vous reposer ; vous avez l'air si fatiguée en ce moment.
SrX I E ME TABLEAU 223
MADAME BEUNKE, QVeC agîlalioTl.
Oh I je le suis toujours. Je le serai jusqu'à la fin. La fatigue n'est rien. Ce qui me tue, c'est le souci, mademoiselle, les préoccupations.
ROMÉE, surprise.
Qu'est-ce qui peut vous préoccuper à ce point ?
MADAME BEUNKE
Les comptes, mademoiselle. Habituellement, Mlle Riemke les examine chaque jour. C'est un grand soulagement pour moi. Depuis une semaine, elle pense à autre chose, elle n'a plus le temps d'y jeter les yeux... Figurez-vous qu'il s'est glissé une erreur, dans ces comptes. Une erreur de quatre florins. Je n'ose pas en parler. J'ai refait mes additions des centaines de fois. L'erreur est introuvable. Je n'en dors plus, mademoiselle...
ROMÉE
Vous n'avez qu'à remettre les quatre florins de votre poche.
MADAME BEUNKE, OU déSCSpoir,
Cela ne supprimera pas l'erreur... Les quatre florins ne sont rien... C'est l'erreur qui est terrible. {Sorlanl son carnet.) Vous ne voulez pas revoir les additions, mademoiselle ? Qui sait, peutêtre que la différence vous sautera aux yeux.
ROMÉE, presque durement.
Non, non, madame Beunke. Je n'aime pas qu'on détruise sa vie avec des absurdités.
MADAME BEUNKE
Excusez-moi, mademoiselle... (Sonnerie au iélé-
\ phoncMme Beunke répond.) Allô... M. van P^yden
vient de partir... Qui est-ce qui téléphone?...
Vous dites ?... Non, Monsieur ne reviendra pas
avant dimanche.
ROMÉE
Qui est-ce ?
MADAME BEUNKE
M. Gelder, le constructeur de bateaux.
ROMÉE
Ah ! je suis au courant... Donnez. {Elle prend le récepteur.) Allô... Qu'y a-t-il, monsieur Gelder ? Une lettre?... Au sujet de cette barque? C'est possible... Il n'en a rien dit... Bien, je lui transmettrai vos excuses. Comment ?... Qu'est-ce que vous dites ?... Mais non, c'est inutile, puisqu'il est absent... Attendez, attendez quelquesjours... D'ailleurs, je crois qu'il a changé d'avis... Pardon ?... Ah ! déjà... Eh bien, il faut... vous pourriez peut-être... Non, évidemment... il n'y a rien^à faire. Au revoir. (Elle raccroche le récepteur.) 11 paraît qu'on vient d'apporter une barque de chez Gelder. Vous n'avez rien vu ?
MADAME BEUNKE
Non, mademoiselle. C'est sans doute le jardinier qui en aura pris livraison. {Avec inquiétude.) Y a-t-il une note à payer ?
ROMÉE
Je l'ignore.
MADAME BEUNKE
Mademoiselle ne m'a pas laissé d'argent.
ROMÉE, à la fenêtre^ à elle-même.
C'est cela, c'est bien cela...
MADAME BEUNKE
Je ne paie rien avant le retour de mademoiselle.
SAÏDYAH, entrant du fond.
Est-ce vrai, Nonna, qu'il est parti sans me dire adieu ?
ROMÉE
Il revient dans deux jours, Saïdyah !
SAÏDYAH
Il s'en va parce qu'il n'est pas heureux ici.
ROMÉE, se retournant.
Comment le sais-tu ?
SAÏDYAH
Il me dit tout... Il souffre parce qu'il cherche la voie.
ROMÉE
Quelle voie ?
SAÏDYAH
La vo e de la vérité... Je sais ce que c'est... J'ai vu de aints hommes, aux Indes, qui lui ressemblaient. Femme, sœur, enfants, aucun être n'est agréable à leur cœur. Alors, ils partent... avec un disciple ou un boy pour mendier leur riz... et ils
vont... ils visitent les villes, les bazars, les lieux saints... ils marchent des années. Un jour, ils rencontrent le Bouddah sur une montagne ou dans un carrefour et ils sont heureux... Mais il y en a qui ne rencontrent pas le Bouddah. Ceux-là se laissent mourir de faim au fond d'une jungle... (Un silence, hochanl la léie.) Je ne crois pas que notre enfant rencontre jamais le Bouddah... Je savais bien qu'il partirait un jour, mais j'espérais qu'il m'emmènerait avec lui. Je l'aurais suivi partout... et je l'aurais laissé seul avant la fin... car il arrive que le Bouddah se manifeste à la dernière heure, â la dernière minute... Notre enfant n'a pas voulu de moi ; je ne le reverrai plus.
ROMÉE
Mais Saïdyah, puisqu'on te dit qu'il revient dimanche.
SAÏDYAH
J'ai reçu les nouvelles, Nonna.
ROMÉE
Quelles nouvelles ?
SAÏDYAH
Les nouvelles du vent, Nonna.
MADAME BEUNKE
Laisse-nous ; tu vois que tu ennuies Mlle Romée.
SAÏDYAH, sorlanl.
Bien, bien, je m'en vais.
ROMÉE
Pauvre Saïdyah. Riemke dît qu'il donnerait sa vie pour Nico.
MADAME BEUNKE
Ce n'est pas une raison pour le tolérer au salon. Si on le laissait faire, il viendrait y fumer sa pipe tous les jours... Mademoiselle Riemke est d'une indulgence !
ROMÉE, brusquemenl.
Quelle heure ave^-vous, madame Beunke ?
MADAME BEUNKE, regardaul sa montre.
Cinq heures, mademoiselle.
ROMÉE
C'est l'heure du train ?
MADAME BEUNKE
Oui.
ROMÉE, soupir anl avec soulagement.
Ils doivent être en wagon maintenant. Vous pensez qu'ils sont en wagon, n'est-ce pas ?
MADAME BEUNKE
Mais oui, probablement, si le train n'a pas de retard.
ROMÉE, mettant son chapeau.
Bien. Une belle journée, madame Beunke.
MADAME BEUNKE
Un peu brumeuse, depuis un instant.
ROMÉE, regardant à la fenêtre.
Tiens, c'est vrai.
MADAME BEUNKE
Ces brumes-là ne durent pas ; ce sont des flammes de mer.
(Romée se lail, immobile près de la fenêtre. Sonnerie au téléphone,)
Encore...
MADAME BEUNKE, au téléphone.
Allô... Oui... C'est Mme Beunke... Comment? Je ne comprends pas. ..Voulez-vous répéter? Mais qui est-ce qui téléphone ? Quoi?... Qu'est-il arrivé ?... Ne criez pas si fort.
ROMEE
Qu'y a-t-il ?
MADAME BEUNKE
Je n'en sais rien, mademoiselle, je ne comprends même pas qui téléphone...
ROMÉE
Attendez ! (Elle prend l'appareil.) Allô... C'est Mlle Cremers... Quiétes-vous ?... (Avec surprise.) Jan, le cocher?. ..Pourquoi ne sont-ils pas partis?... Mais qu'est-ce qu'elle a ?... (A Mme Beunke.) Riemke est soutirante.
MADAME BEUNKE
Oh ! mon Dieu...
ROMÉE, au téléphone.
Quand est-ce arrivé ? (A Mme Beunke.) Elle s'est trouvée mal, à la gare. (Au téléphone,) Et qui est ce médecin ? Bien... Ecoutez... Dites-lui que je viens tout de suite et demandez-lui s'il a besoin de quelque chose...
MADAME BEUNKE
Est-ce grave, mademoiselle ?
Non. Ce n'est qu'un évanouissement, j'espère. Le docteur Krall se trouvait à la gare. Il l'a transportée dans une salle d'attente. Il est auprès d'elle.
MADAME BEUNKE
Elle n'était pas bien, ces jours-ci. Elle ne peut rien supporter. Un départ, des bagages, c'est trop pour elle.
ROMÉE, au téléphone.
Allô... Bien. (A Mme Beunke.) Mme Beunke, voulez-vous me chercher un peu d'éther dans la pharmacie ? {Mme Beunke sort vivement au fond. Au téléphone.) Allô... Vous êtes sûr qu'il n'a rien demandé d'autre ?... Bon... Mademoiselle se trouvet-elle mieux ? Elle n'a pas encore repris connaissance ? Oui, enfin, je viens. J'irai en courant par le parc. J'en ai pour cinq minutes.
(Elle raccroche le récepteur. Mme Beunke rentre^ portant une fiole d'éther.)
MADAME BEUNKE
Voulez-vous que j'aille avec vous, mademoiselle ?
ROMÉE
Non. Préparez plutôt son lit. On peut la ramener d'un moment à l'autre.
(Elle sori rapidement à gauche, Mme Beunke sort au fond, La scène reste vide un long moment, puis Nico entre de gauche. Il s'étend et s'absorbe dans une méditation profonde.)
MADAME BEUNKE, entre du fond, son carnet de comptes à la main. Elle sursaute en apercevant
Vous, monsieur Nico ?
NICO, immobile.
Oui. Elle n'a besoin de personne. Le médecin es là.
MADAME BEUNKE
Vous n'avez pas rencontré Mlle Romée ?
NICO
Non.
MADAME BEUNKE
Elle est partie dès que Jan a téléphoné. Elle est sortie par le parc.
NICO
Je suis revenu par la route.
MADAME BEUNKE
Vous n'êtes pas inquiet, monsieur Nico ?
NICO
De Riemke ?... Si, elle se réveillera trop tôt. On
se réveille toujours trop tôt... (Levant les yeux sur elle,) Pourquoi me regardez-vous comme une bête curieuse ? Que tenez-vous là ?...
MADAME BEUNKE
Mes comptes, monsieur Nico... J'ai fait une erreur. Alors, j'étais en train...
Montrez. (Elle luimonlre le carnel et lui indique la page. Il vérifie une addition, d'abord mentalement, puis à voix basse.) Sept et trois neuf.
MADAME BEUNKE
Dix, monsieur Nico, dix.
NICO
Pourquoi pas neuf, ou douze ?
MADAME BEUNKE, interloçuée.
Sept et trois font dix...
NICO
Démontrez-le ?...
MADAME BEUNKE
Mais...
NICO
On ne peut pas. On ne peut même pas démontrer que deux et deux font quatre. Les nombres n'existent pas. C'est une convention de la pensée... Vos comptes ne sont pas réels. Ce ne sont que des signes
de choses mangées, bues, dispersées, détruites. Vos comptes seront toujours faux, madame Beunke. (Il Jette le carnet à terre.)
MADAME BEUNKE, înquièle.
Qu'avez-vous dojic, monsieur Nico ?
NICO
Sommeil. Mais c'est si court, le sommeil !... Dites, si un médecin vous apprenait qu'il existe un moyen de vider proprement votre petit crâne et de remplacer son contenu par du foin ou de la salade, est-ce que vous ne le prieriez pas de vous faire cette opération admirable ?
MADAME BEUNKE
C'est sûrement un péché d'écouter de pareils propos.
NICO
Non ? Vous tenez à vos neuf cent quatre-vingtquinze grammes de cervelle ?... Moi pas. (// se lève,) Songez donc, finis les tourments, finis les comptes, la poussière, le ménage... Tout disparaîtrait : murs, arbres, terre, étoiles, temps, pensée... tout... Et vous-même, par conséquent !...
MADAME BEUNKE
Mon Dieu, je ne vous ai jamais vu comme aujourd'hui...
NICO, murmurant.
Moi non plus. Parce qu'aujourd'hui, je sais que vous n'existez pas là où je vous vois. {Se louchant
le front.) C'est là que vous êtes. Là seulement. (Elle recule, effrayée.) Quant à ce fantôme qui a l'air de parler, de bouger devant moi... je ne sais rien de lui. (Il ferme les yeux; sa figure se con~ Iracle.) Je puis le voir ailleurs... lui répondre ailleurs...
MADAME BEUNKE
Vous n'êtes pas bien, monsieur Nico ; vous devriez vous mettre au lit. (Nico rouvre les yeux, détourne la lêle el répondu une Mme Beunke imaginaire, à Vautre bout de la pièce.)
NICO
Oui, je pensais justement à me mettre au lit. (// traverse lentement vers la gauche.)
MADAME BEUNKE
Pas par là. Votre chambre est par ici. (Elle désigne le fond. )
^ico, parlant toujours vers la gauche.
Je vais changer de chambre, madame Beunke.
MADAME BEUNKE
Il n'y a pas de chambre, de ce côté-ci de la maison.
NICO, arrivé près de rentrée, fait le geste de toucher légèrement l'épaule à quelqu'un.
Bonsoir, madame Beunke, bonsoir.
(Il sort sans se retourner. Mme Beunke avance, à pas tremblants vers la gauche.)
MADAME BEUNKE
Où allez-vous donc, monsieur Nico ?
(Elle sorl derrière lui» Romée entre du fond^ quelques instants après,)
ROxMÉE, appelant.
Madame Beunke, où êtes-vous ?
MADAME BEUNKE, rentrant de gauche.
Voilà... Voilà...
ROMÉE
Je l'ai ramenée dans l'auto du docteur... Elle va mieux. Sa chambre est-elle prête ?
MADAME BEUNKE, agitée.
Pas encore, mademoiselle.
ROMÉE
Comment, pas encore ?
MADAME BEUNKE
Ce n'est pas ma faute, mademoiselle.
ROMÉE
Mais qu'avez-vous fait ?
MADAME BEUNKE
C'est M. Nico... Il m'a dit des choses... Oh, il n'est sûrement pas bien.
ROMÉE, affolée, Nico est revenu ? Où est-il ?
MADAME BEUNKE
Il vient de sortir... Je Tai vu descendre du côté des étangs...
ROMÉE
Du côté des étangs... Ah !...
(Elle se précipite à la fenêtre. A peine a-t-elle Jeté les yeux au dehors qu'elle chancelle comme frappée d'un coup de feu ei s'abat silencieusement. )
RIDEAU