‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 100 sur 169 · ACTE QUATRIÈME I · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME I

jamais, vous entendez, ce que vous venez de me dire ; on se moquerait de vous dans les cinq parties du monde, (il rit encore.) Une petite aisance ! Est-ce tout ?

JUDITH

Non, ce n'est pas tout. Nous avions parlé autrement d'une profession qui ne me plaisait guère et qui aujourd'hui encore ne me sourit que très médiocrement. Mais dans la situation où se trouve ma famille, je ne dois reculer devant rien pour la sortir d'embarras. Le théâtre ?

MERCKENS

Trop tard !

JUDITH

Pourquoi ne ferais-je pas comme tant d'autres qui n'étaient pas bien résolues d'abord et qui ont pris leur courage à deux mains ?

MERCKENS Trop tard !

JUDITH

J'ai peut-être des qualités naturelles auxquelles il ne manque que le travail et l'habitude.

Trop tard ! On ne pense pas au théâtre sans s'y être préparé depuis longtemps. Vous ne serez jamais une artiste. Vous n'avez pas ce qu'il faut. A l'heure qu'il est, vous ne trouveriez au théâtre que des déceptions... ou des aventures, est-ce ça ce que vous désirez ?

JUDITH

Mais que puis-je donc faire alors ?

MERCKENS

Rien ! Je vois bien où vous en êtes. Vous n'êtes pas la première que je trouve dans cette situation et à qui je fais cette réponse. Il n'y a pas de ressources pour une femme, ou plutôt il n'y en a qu'une. Tenez, mademoiselle, je vais vous dire toute la vérité dans une phrase. Si vous êtes honnête, on vous estimera sans vous servir; si vous ne l'êtes pas, on vous servira sans vous estimer ; vous ne pouvez pas espérer autre chose. Voulez-vous reparler des leçons ?

JUDITH C'est inutile. Je regrette de vous avoir dérangé.

MERCKENS Vous me renvoyez ?

JUDITH Je ne vous retiens plus.

MERCKENS Adieu, mademoiselle.

JUDITH Adieu, monsieur.

MERCKENS, à la porte.

Il n'y avait rien de mieux à lui dire.

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