‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 106 sur 169 · ACTE QUATRIÈME l8l · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME l8l

BOURDON

Un honnête homme ! Que voulez-vous dire par là ? Je ne vous conseillerais pas, mademoiselle, au cas où vous épouseriez M. Teissier, de placer toutes vos espérances sur une simple promesse de sa part ; mais les notaires sont là pour rédiger des contrats qui établissent les droits des parties. Ai-je répondu à votre question ?

Non, vous ne l'avez pas comprise. Un honnête homme, pour une jeune fille, cela veut dire bien des choses.

BOURDON

Me demandez-vous, mademoiselle, si Teissier a fait sa fortune honorablement ?

MARIE

Oui, je voudrais être fixée sur ce point et sur d'autres.

BOURDON

De quoi vous préoccupez-vous ? Si on recherchait aujourd'hui en France l'origine de toutes les fortunes, il n'y en a pas cent, pas cinquante, qui résisteraient à un examen scrupuleux. Je vous en parle savamment, comme un homme qui tient les fils dans son cabinet. Teissier a fait des affaires toute sa vie ; il en a retiré un capital considérable qui est bien à lui et que personne ne songe à attaquer ; vous n'avez pas besoin d'en savoir davantage.

MARIE

Quelle est la conduite ordinaire de M. Teissier ? Quels sont ses goûts, ses habitudes?

BOURDON

Mais les goûts et les habitudes d'un homme de son âge. Je ne pense pas que vous ayez beaucoup à craindre de ce côté. Je devine maintenant où tendait votre question. Croyez-moi, Teissier sera un mari plutôt trop honnête que pas assez, je m'en rapporte à votre mère elle-même.

MADAME VIGNERON

Je me demande en ce moment, monsieur Bourdon, quel intérêt vous pouvez avoir à ce mariage ?

BOURDON

Quel intérêt, madame? Mais celui de cette enfant qui erjt en même temps le vôtre.

MADAME VIGNERON

Il est bien tard, savez-vous, pour nous montrer tant de dévouement.

BOURDON

Vous pensez encore, madame, à ces maudites affaires qui se sont terminées aussi mal que possible, je le reconnais. Est-ce ma faute, si vous vous êtes trouvée impuissante pour défendre la succession de votre mari ? Vous avez subi la loi du plus fort, voilà tout. Aujourd'hui cette loi se retourne en votre faveur. Il se trouve que votre fille a fait la conquête

Page 1