ACTE PREMIF.R
CL0T1LDE, sèchement.
Bon voyage !
DU MESNIL •Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ?
CLOTILDE Ce qui me plaira.
DU MESNIL Où dinons-nous ce soir?
CLOTILDE Je n'en sais rien.
Comme tu me réponds ?
CLOTILDE
Je vais me gêner avec un homme querelleur et •désobligeant.
DU MESNIL
Tu tiens donc bien à aller à ce bal.
CLOTILDE
Il ne s'agit pas de ce bal. Je l'avais déjà oublié. Je n'ai plus vingt ans, je crois, pour me préoccuper d'un bal de plus ou de moins. Tu te plains ! Tu cries ! Tu frappes sur ta femme sans le plus petit égard pour elle ! Quelqu'un qui t'entendrait se ferait une bien triste idée et une bien fausse idée de notre intérieur.
2l8 LA PARISIENNE
DU MESNIL
Je plaisante, bébête, ne te fâche donc pas. Tu en trouveras beaucoup de maris comme moi. Je grogne pendant trois secondes, et, quand tu as décidé quelque chose, il faut toujours y arriver. Qui est-ce qui est le maître ici? (Elle sourit.) Je pense beaucoup à cette recette, qui serait une grosse affaire pour nous et qui devrait le préoccuper davantage. Allons, Clotilde, bien raisonnablement, crois-tu que jeréussisse ?
CLOTILDE
Nous verrons.
DU MESNIL
J'ai des titres, n'est-ce pas ?
Les titres ! Ça ne compte pas.
DU MESNIL Je suis appuyé par des hommes compétents.
CLOTILDE
Ils n'ont pas d'influence.
DU MESNIL
Et ce grand patronage de l'Institut ne te paraît pas décisif ?
CLOTILDE
Tu ne veux pas que je m'en mêle, tu as peut-être tort.