ACTE PREMIER
DU MESN1L
Qu'est-ce que tu ferais ?
CLOTILDE
Mille choses qui ne coûtent rien à une femme et dont elle s'occupe en se promenant. Je mettrais toutes mes amies en campagne, Pauline d'abord. Elle t'estime tant, Pauline ! Elle voudrait bien que son mari te ressemblât ! Pauline, qui est très liée avec Mmc Simpson, l'aurait intéressée à notre ménage. Tu me fais rire quand tu ne veux pas aller chez Mme Simpson. Elle se moque bien de nous. Elle reçoit tout ce qu'il y a de mieux à Paris. Elle a tous les jours deux ou trois ministres à sa table. Elle t'aurait fait dîner avec eux. Tu leur aurais exposé ta situation, tranquillement, d'égal à égal, en fumant de gros cigares, comme tu les aimes, et le jour où tes hommes compétents seraient venus te dire : Nous sommes bien fâchés, la place était promise ; tu leur aurais répondu : Je le sais bien, j'ai ma nomination dans ma poche. Voilà comme je comprends les affaires !
DU MESN1L
Tu as peut-être raison. Ecoute. Ne précipitons rien. Si je vois à un moment que les choses tournent mal et que mes relations ne suffisent pas, nous essayerons alors d'utiliser les tiennes.
CLOTILDE
Quand tu voudras... (Eas) Tu sais que c'est ma devise avec toi.
Ils rient.
DU M ESN IL
Je vais voir mon oncle. Est-ce que j'emmène Lafont ou bien le gardes-tu ?
CLOTILDE
Je le garde. Il m'impatiente, mais il m'amuse. Son nez me fait toujours rire.
Ils rient.
DU MESNIL
Tu le traites mal, ce pauvre Lafont, qui est aimable et obligeant.
CLOTILDE, à l'oreille de son mari.
Je ne voudrais pas qu'un homme m'embrassât avec un nez pareil.
Ils rient.
DU MESNIL, allant à Lafont.
Allons, au revoir. Ne m'accompagne pas, va, si je suis aussi désagréable que le dit ma femme. Tu ne sais pas ce que c'est, toi, qu'une femme et des enfants. On les aime beaucoup, on ne pense qu'à eux, on se trouverait tout bête s'ils vous manquaient, et ça n'empêche pas par moments de les envoyer à tous les diables.
Il sort.