‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 130 sur 169 · SCÈNE III CLOTILDE, LAFONT · texte numérisé non relu

SCÈNE III CLOTILDE, LAFONT

CLOTILDE

Voyez un peu que de prudence il faut avoir ; mon mari serait entré une minute plus tôt, j'étais perdue,

Un temps.

LAFONT Vous vous êtes moquée de moi.

CLOTILDE

Comment cela ?

LAFONT

Avec cette lettre ! (Elle rit.) Il eût été si simple de me la montrer tout de suite.

CLOTILDE

Je pensais qu'elle ne vous ferait pas plaisir, je ne me suis pas trompée. Et puis c'était un piège que je vous tendais. Je voulais savoir si vous vous arrêteriez à temps.

Pour une autre fois.

CLOTILDE

Pour une autre fois précisément. Etes-vous bête, mon ami, et malchanceux dans vos suppositions. Tenez, je veux bien faire quelque chose pour vous,

quoique vous ne le méritiez guère. Mon mari ouvre toutes mes lettres, toutes, sans exception, je l'ai préféré ainsi, vous voilà tranquille de ce côté. Asseyez-vous et causons un peu, je vous en prie. Causons sans nous fâcher, n'est-ce pas? Mon mari d'une part, vous de l'autre, c'est peut-être beaucoup dans le même jour. Voulez-vous me dire quelle mouche vous pique et ce que signifie cette jalousie, qui pourrait devenir inquiétante ? Ça vous a pris tout d'un coup, sans crier gare...., aux environs du 15 janvier, (n la regarde, elle sourit.) J'ai une raison pour me rappeler cette date.

LAFONT Quelle raison ?

CLOTILDE

J'en ai une, ça suffit. Vous n'allez pas maintenant vous arrêter sur chaque mot. Allons, parlez un peu, je vous écoute.

LAFONT, après avoir hésité

D'où venez-vous ?

CLOTILDE, riant.

C'est vrai, je vous demande pardon, mon ami. J'oubliais que vous m'aviez fait cette question plusieurs fois et que je n'y avais pas encore répondu. J'avais un rendez-vous, ne vous emportez pas, avec ma modiste, où l'on ne rencontre que fort peu de messieurs, je vous assure. Vous me permettez bien d'aller de temps en temps chez ma modiste. Maintenant

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