ACTE DEUXIÈME
LAFONT, allant à elle.
Asseyez-vous, de bonne grâce, et causons bien -affectueusement.
CLOTILDE
Je n'ai pas le temps... de causer. Un autre jour, •demain, si vous voulez.
LAFONT
Demain je vous attendrai et il y aura quelque •chose encore, au dernier moment, qui vous empêchera de venir.
CLOTILDE
Vous refusez demain ?... A votre aise. Ça me confient parfaitement. Je ne suis jamais pressée de me trouver avec des gens mécontents et désagréables.
LAFONT C'est l'amour qui me rend ainsi.
CLOTILDE, du bout des lèvres.
Il est embêtant, l'amour !
LAFONT
Plaignez-vous, je vous le conseille, plaignez-vous. On voit bien que vous n'êtes pas à ma place. Je me désespère et je me morfonds de mon côté, pendant que vous galopez du vôtre.
CLOTILDE
Je galope ! Qu'est-ce que c'est que cette expression ? Admettons, ce qui est possible, que je me sois
un peu refroidie avec vous ; croyez-vous qu'on ramène une femme en agissant comme vous le faites, en la harcelant perpétuellement. C'est tout le contraire qui arrive ; on la fatigue, on l'impatiente, et on lui donne des idées dont elle était à mille lieues. (Se rapprochant de lui avec des apparences de tendresse qui le trompent. y Allez faire un petit Voyage. (Mouvement de Lafont.)Oui,
faites un petit voyage. Absentez-vous... six mois, ce n'est pas le diable. Une séparation en ce moment vous eouviendrait fort bien, et vous n'en seriez que plus agréable à votre retour. Ne craignez rien de mon côté. Je ne suis pas une femme qui oublie facilement. Vous me retrouverez exactement la même. Voulez-vous ? Non, vous ne voulez pas. Vous ne pourriez pas vous absenter six mois, lorsque votre maîtresse vous le demande et qu'elle verrait là, de votre part, une véritable marque d'attachement.
Un temps.
LAFONT
Où allez-vous ?
CLOTILDE C'est tout ce que vous trouvez à me répondre ?
LAFONT Où allez-vous ?
CLOTILDE
J'étais si sûre que vous me feriez cette question,, je l'attends depuis que vous êtes là.
LAFONT Elle vous gêne ?