‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 46 sur 169 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

BLANCHE

Vous ferez ce que vous voudrez, maman, Judith et toi, je ne me mêlerai de rien. Je voudrais dormir jusqu'à mon mariage.

MARIE

Ton mariage, ma chérie !

Qu'est-ce que lu penses?

MARIE

Je pense bien tristement que ce mariage te préoccupe et peut-être n'est-il plus possible aujourd'hui.

BLANCHE

Tu juges donc bien mal M. de Saint-Genis pour le croire plus sensible à une dot qu'à un cœur.

MARIE

Les hommes, en se mariant, désirent les deux. Mais M. de Saint-Genis serait-il plus désintéressé qu'un autre, il a une mère qui calculera pour lui.

BLANCHE

Sa mère est sa mère. Si elle a des défauts, je ne veux pas les voir. Mais elle est femme et ne voudrait pas que son fils manquât de loyauté envers une autre femme.

MARIE

Il ne faut pas, ma chérie, que le malheur nous rende injustes et déraisonnables. Les engagements

ont été réciproques : si nous ne pouvons plus tenir les nôtres, M. de Saint- Genis se trouvera dégagé des siens.

BLANCHE

Tu te trompes, sois en sûre, tu te trompes. Demain, si je disais demain, dans un an ou dans dix, Georges m'épousera comme il le veut et comme il le doit. Ne parlons plus de cela. Mon mariage, vois-tu, ne ressemble pas à tant d'autres qui peuvent se faire ou se défaire impunément, et tu ne sais pas la peine que tu me causes en doutant une minute de sa réalisation. (Pause.) Explique-moi un peu comment nous serions ruinées ?

MARIE

Plus tard ; je ne le sais pas bien moi-même.

BLANCHE Qui te l'a dit ?

MARIE

M. Teissier. Prends garde, je te le répète. M. Teissier est là, chez ma mère ; je viens de le réconcilier avec elle.

BLANCHE

Ils s'étaient donc fâchés ?

MARIE

Oui, ils s'étaient fâchés. Maman dans un mouvement d'impatience, l'avait congédié de chez elle.

BLANCHE

Maman avait bien fait.

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