ACTE TROISIEME III
MADAME VIGNERON Non. Est-ce que nous devions le voir ?
TE1SS1ER, embarrassé, sans répondre, revenant à Marie. '
Elles sont bien, vos sœurs, mais ce sont des Parisiennes, ça se voit tout de suite. Pas de fraîcheur. On ne dirait pas, en vous regardant, que vous avez été élevée avec elles. J'ai des roses, l'été, dans mon jardin, qui n'ont pas de plus belles couleurs que vos joues. Il faudra que vous veniez, avec votre mère et vos sœurs, visiter ma maison de campagne. Vous n'êtes plus des enfants, vous n'abîmerez rien. Vous déjeunerez chez vous avant de partir et vous serez rentrées pour l'heure du dîner. Vous n'avez pas beaucoup de distractions, ça vous en fera une.
MARIE
Ne comptez pas, monsieur Teissier, que nous allions vous voir avant d'être un peu plus tranquilles. Notre situation, vous le savez, n'a pas fait un pas ; elle se complique, voilà tout. Nous sommes tourmentées aujourd'hui par d'anciens fournisseurs qui sont devenus des créanciers très impatients.
TEISSIER, embarrassé, sans répondre, revenant à Mme Vigneron
Si vous êtes appelée par vos occupations, madame, ne vous dérangez pas pour moi ; vos demoiselles me tiendront compagnie jusqu'au moment de mon départ.
MADAME VIGNERON Restez autant que vous voudrez, nous ne vous
renvoyons pas. (Allant à Marie.) As-tu parlé à M. Teissier ?
MARIE
Non, pas encore.
MADAME VIGNERON
Ça te coûte ?
MARIE
Oui, ça me coûte. Douze mille francs, la somme est grosse à demander.
Ne la demandons pas.
Et demain, où en serons-nous, si cette couturière met sa note chez un huissier ? Elle le fera comme elle le dit.
MADAME VIGNERON
Veux-tu que je prenne M. Teissier à part et que je t'évite une explication avec lui ?
MARIE
Non. C'est un moment de courage à avoir, je l'aurai.
TEISSIER, il est assis sur le canapé auprès de Judith.
Alors vous faites bon ménage avec vos sœurs ?
JUDITH Très bon ménage.