SCÈNE VIII TEISSIER, MARIE
TEISSIER
Voici la somme que vous m'avez demandée. Elle est destinée, m'avez-vous dit, à des fournisseurs. Recevez-les vous-même. Examinez les mémoires qu'on vous remettra, ne craignez pas de les réduire autant que possible et prenez bien garde surtout à ne pas payer deux fois la même note. (Retenant Marie.) Où est mon reçu ?
MARIE
Je vais vous le donner tout à l'heure.
TEISSIER
J'aurais dû le tenir d'une main pendant que je vous remettais l'argent de l'autre. Je suis à découvert en
Ce moment. (Elle va au meuble-secrétaire et dépose les billets dans un tiroir ; elle revient. — Moment de silence.) VOUS avez
une chose à me dire et moi j'en ai une autre. Venez vous asseoir près de moi, voulez-vous, et causons comme une paire d'amis, (ils s'asseyent.) Qu'est-ce que vous comptez faire ?
MARIE Je ne comprends pas votre question.
TE1SSIER
Elle est bien simple cependant, ma question. Je vous ai dit autrefois qu'il vous reviendrait une cinquantaine de mille francs, il ne vous reviendra pas davantage. Vous ne pensez pas garder cet appartement et tenir table ouverte jusqu'à la fin de votre dernier écu. Qu'est-ce que vous comptez faire ?
MARIE
Un parent de ma mère qui habite la province nous a offert de nous retirer près de lui.
TEISSIER
Votre parent est comme tous les parents ; il vous a fait cette proposition en pensant que vous y mettriez du vôtre ; il ne la maintiendra pas quand ce sera à lui d'y mettre du sien.
MARIE
Nous resterons à Paris alors.
TEISSIER Qu'allez-vous devenir à Paris ?
MARIE
Ma sœur aînée est toute prête, dès qu'il le faudra, à donner des leçons de musique.
TEISSIER Bien. Votre sœur aînée, si elle prend ce parti, se lassera promptement de soutenir sa famille ; elle voudra que ses profits soient pour elle, et elle aura raison.