ACTE TROISIÈME
MARIE
Mais je compte bien m'occuper aussi.
A quoi ?
Ah ! à quoi ? je ne le sais pas encore. Le travail' pour une femme est si difficile à trouver et rapporte si peu de chose.
TEISSIER
Voilà ce que je voulais vous faire dire. (Pause; il
reprend avec hésitation et embarras.) Je Connais une[maison où, si vous le vouliez, vous viendriez vous établir. Vous auriez là le logement, la table, tous les mois une petite somme que vous pourriez économiser pour plus tard, vous n'auriez plus à songer à vous.
MARIE
Quelle maison ?... La vôtre ?
TEISSIER, avec un demi-sourire équivoque- La mienne.
MARIE, après une marque d'émotion, ne sachant ce qu'elle doit comprendre ni ce qu'elle doit répondre.
Ce que vous me proposez n'est pas possible ; ma mère d'abord ne me laisserait pas m'éloigner d'elle.
TEISSIER
Oui, je me doute bien que votre mère ferait des difficultés ; mais vous êtes d'âge aujourd'hui à n'écouter personne et à calculer vos intérêts.
MARIE
Je vous ai dit non, monsieur Teissier, non.
Est-ce que vous ne seriez pas bien aise de laisser votre famille dans l'embarras et d'en sortir vousmême ? J'aurais ce sentiment là à votre place.
MARIE Ce n'est pas le mien.
TEISSIER
Quel avantage verrez-vous à patauger toutes ensemble, plutôt que de chercher un sort l'une à droite ot l'autre à gauche ?
MARIE
L'avantage justement de ne pas nous séparer. (Le quittant.) On se félicite parfois d'avoir des consolations près de soi. On se trouble moins de certaines surprises qui vous déconcerteraient autrement.
Pause.
TEISSIER
Voilà quelque temps déjà que je viens ici. Je ne m'éloigne pas de mes affaires sans une raison. Vous n'êtes pas sotte et vous avez de bons yeux. Vous avez dû penser quelque chose.
MARIE Mon attention était ailleurs.
TEISSIER Où était-elle ?