SCÈNE DEUXIÈME
se, je ne vous trahirai pas. Est-ce qu'elles sont bien extraordinaires, toutes vos cocotes ?
LAMBERT
Extraordinaires, oui, madame.
L'hiver dernier, . mon mari m'a menée au Palais- Royal, nous en avions une dans la loge à côté de la nôtre. Je ne mens pas. Il est bien venu la voir une vingtaine de jeunes gens. Les jeunes gens aujourd'hui se montrent en public avec ces femmes-là. L'un lui a apporté des rieurs, un autre des bonbons, un autre un éventail, et elle les recevait, leurs personnes et leurs cadeaux, avec des airs d'impératrice î Ils l'appelaient... Esther, la connaissez-vous ?
LAMBERT
Esther!... Une grande... très sèche et très maquillée... qui a des cheveux magnifiques. Elle ne compte pas.
MADAME CHEVALIER
Comment, elle ne compte pas ! Il paraît que vous faites des différences entre les unes et les autres. Pourquoi Mlll) Esther ne compte-t-elle pas ? Dites.
Dites-moi, ça ne fait rien, (il se lève et lui parle à l'oreille.)
Vraiment ! Tout le monde ! Je la plains alors, lapauvre enfant !
LAMBERT
Vous avez donc causé avec ma tante ?
MADAME CHEVALIER Oui.
LAMBERT Que vous a-t-elle dit ?
MADAME CHEVALIER Ça vous intrigue ?
Elle me plaisante et me maltraite partout. MADAME CHEVALIER
Nulle part. Ce serait bien maladroit, avouez-le, pour une femme qui ne songe qu'à vous marier.
LAMBERT Vous l'approuvez?
MADAME CHEVALIER
Assurément-. Pourquoi ne faites-vous pas ce plaisir à votre tante, en accomplissant pour vous-même le plus sage de tous les actes ?
LAMBERT
J'hésite. Je me tâte. (La regardant.) J'ai une raison peut-être.
MADAME CHEVALIER Laquelle ?
LAMBERT
Vous ne la soupçonnez pas un peu ?
MADAME CHEVALIER
Pas le moins du monde.