‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 31 sur 85 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

se, je ne vous trahirai pas. Est-ce qu'elles sont bien extraordinaires, toutes vos cocotes ?

LAMBERT

Extraordinaires, oui, madame.

L'hiver dernier, . mon mari m'a menée au Palais- Royal, nous en avions une dans la loge à côté de la nôtre. Je ne mens pas. Il est bien venu la voir une vingtaine de jeunes gens. Les jeunes gens aujourd'hui se montrent en public avec ces femmes-là. L'un lui a apporté des rieurs, un autre des bonbons, un autre un éventail, et elle les recevait, leurs personnes et leurs cadeaux, avec des airs d'impératrice î Ils l'appelaient... Esther, la connaissez-vous ?

LAMBERT

Esther!... Une grande... très sèche et très maquillée... qui a des cheveux magnifiques. Elle ne compte pas.

MADAME CHEVALIER

Comment, elle ne compte pas ! Il paraît que vous faites des différences entre les unes et les autres. Pourquoi Mlll) Esther ne compte-t-elle pas ? Dites.

Dites-moi, ça ne fait rien, (il se lève et lui parle à l'oreille.)

Vraiment ! Tout le monde ! Je la plains alors, lapauvre enfant !

LAMBERT

Vous avez donc causé avec ma tante ?

MADAME CHEVALIER Oui.

LAMBERT Que vous a-t-elle dit ?

MADAME CHEVALIER Ça vous intrigue ?

Elle me plaisante et me maltraite partout. MADAME CHEVALIER

Nulle part. Ce serait bien maladroit, avouez-le, pour une femme qui ne songe qu'à vous marier.

LAMBERT Vous l'approuvez?

MADAME CHEVALIER

Assurément-. Pourquoi ne faites-vous pas ce plaisir à votre tante, en accomplissant pour vous-même le plus sage de tous les actes ?

LAMBERT

J'hésite. Je me tâte. (La regardant.) J'ai une raison peut-être.

MADAME CHEVALIER Laquelle ?

LAMBERT

Vous ne la soupçonnez pas un peu ?

MADAME CHEVALIER

Pas le moins du monde.

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