SCÈNE III LE BARON, MICHEL
LE BARON Vous êtes vif et impatient, monsieur.
MICHEL Il faut ça, dans le chien de métier que je fais.
LE BARON
Vous me donnez l'envie de le connaître. Qu'êtesvous donc ?
MICHEL
Moi je suis un tas de choses : mécanicien, ingénieur, chimiste, savant pour rire et inventeur dans mes moments perdus.
LE BARON
Vous vous nommez, monsieur ?
MICHEL
Michel Pauper. C'est comme si je ne vous avais rien dit. Je ne suis connu que de deux hommes, un qui m'a élevé et l'autre qui m'exploite.
LE BARON
Vous aurez entendu parler peut-être du baron Vonder-Holweck ?
MICHEL
C'est vous, le baron Von-der-Holweck ! Je l'écorche, hein, votre grand diable de nom, mais c'est bien celui que j'ai trouvé dans un almanach scientifique, où l'on vous mettait sur le dos une quantité d'anecdotes toutes plus grotesques les unes que les autres.
LE BARON
Je vous plains, monsieur, d'étudier l'histoire de la science dans les almanachs et de jeter l'écume des libelles à la tête d'un vaincu.
MICHEL
Vous le prenez comme ça, vous êtes susceptible. Vous avez tort avec moi. Je parle tout bêtement, sans phrases, parce que je n'ai pas appris à en faire. Mais je ne suis pas plus nigaud qu'un autre, et on a beau me conter ceci et cela, je n'en crois que ce que j'en veux bien croire. Tenez, je n'aime pas beaucoup les nobles, et vous en êtes un, à ce qu'il paraît; mais vous m'avez fait l'effet d'un original.