SCÈNE VII HÉLÈNE, LE COMTE
HÉLÈNE
Dites-moi ce que vous faisiez lorsque vous avez reçu mon message.
LE COMTE, après une courte hésitation.
J'étais en train de voir un cheval que j'achèterai probablement.
HÉLÈNE
Votre écurie vous occupe beaucoup, je ne m'en étonne pas ; vous m'avez dit dernièrement que vous préfériez vos bêtes à vos semblables. Et comment l'appellerez-vous ce cheval ?
LE COMTE
Mais il a déjà un nom : Bacchante ! Voulez-vous que je le débaptise pour lui donner le vôtre?
HÉLÈNE
Croyez-vous me blesser par cette proposition ? J'accepterais joyeusement ce moyen ou tout autre de me rappeler à votre pensée. Mon nom, je voudrais qu'il vous fût présent à toute heure, que vous l'entendissiez mille fois par jour, qu'il fût écrit sur vos murs, sur vos armes, sur votre chair, je serais sure alors que vous ne l'oublieriez ni demain ni jamais.
LE COMTE
Partons-nous?... ou bien si c'est toujours la même
>OÔ MICHEL PAUPER
chose, du canon dans vos paroles et pas plus de bravoure qu'un boutiquier.
HÉLÈNE
Je vous ai dérangé, je le vois, en vous priant de venir.
C'est vous que j'attendais tous les jours et non pas un mot de vous. Je comptais que notre dernière conversation vous aurait décidée et que vous prendriez votre parti, un parti franc et loyal. Que penseriez-vous d'un homme qui irait jusque sur le terrain et là se rétracterait ? Vous ne faites pas autre chose.
HÉLÈNE
Je serais bien à plaindre si je vous avais donné de telles espérances quand je ne peux obtenir de vous les plus légères concessions. A peine avez-vous bien voulu trois ou quatre fois me rencontrer au bal ou à la promenade, et il me faut pour vous voir trouver des occasions aussi rares que celles ci.
LE COMTE
Vous savez bien que je ne vais pas au bal. Je suis une bête noire dans votre société de sauteurs, de banquistes et de cocodettes ! Ces respectables dames me reprocheraient volontiers le bruit de mes aventures, si je ne connaissais le mystère des leurs. Qu'a-t-il donc de si amusant, ce monde, que vous préfériez m'y conduire avec vous plutôt que de vous en sauver avec moi ? Prenez-le pour ce qu'il vaut ; méprisez-le comme il le mérite ; jetez votre bonnet par-dessus les