ACTE DEUXIÈME
moulins, vous en mourez d'envie, et allons rire en liberté de toutes ces bonnes gens qui ont une chaîne au cou ou à la patte.
HÉLÈNE
Vous m'avez fait déjà une proposition semblable, mais dans un langage tout autre qui la rendait moins offensante ; c'est trop cependant de l'avoir entendue une fois.
J'ai hésité à venir vous voir et me voilà, vous ne m'y reprendrez plus. Je pouvais pendant quelque temps compter avec vos pudeurs de pensionnaire, mais je ne supporte pas les hypocrisies d'une coquette.
HÉLÈNE
Coquette, moi, coquette ! Dites que je suis bien imprudente de vous recevoir en l'absence de mes parents ; dites que je suis bien corrompue pour rechercher des entretiens comme les nôtres ; mais que la sincérité de mon cœur excuse au moins sa faiblesse. Tels sont les engagements de mon amour que si je ne veux pas me déshonorer pour vous retenir, notre séparation pourtant ne me rendrait plus la liberté de moi-même ; le jour qui suivra notre dernier adieu, vous apprendrez que j'étais capable de fidélité et d'héroïsme, en recevant le souvenir le plus solennel. que jamais femme ait imaginé pour son amant.
LE COMTE Quoi donc ?
HELENE
Je me ferai couper la main droite et je vous l'enverrai.
LE COMTE
Gardez-là pour écrire des romans. Adieu.
Il se dirige vers la porte.
HÉLÈNE Et M]Ie Antonia ?
LE COMTE, revenant.
Ah ! qui vous a dit ?
Je le sais. Ça suffit.
LE COMTE
Antonia est une bête ; elle a cru que je ne pourrais pas vivre sans elle, elle s'est trompée. Il est très vrai qu'elle me plaisait beaucoup ; je l'avais quittée et reprise dix fois sans me soucier qu'elle eût été à tous mes amis ; mais je ne lui passerai jamais le chanteur •que j'ai trouvé à ses pieds. Si c'est Antonia qui vous inquiète, je l'ai traitée comme elle le méritait et nous ne sommes pas près de nous revoir.
HÉLÈNE
Cette fille ne m'occupe pas. Je ne voulais que savoir si vous vous pressiez tant de sortir d'ici pour aller la retrouver. Vous ferez bien, du reste, de la reprendre une onzième fois. Il vous faut des esclaves *et non pas une amie. Retirez-vous maintenant.