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ACTE TROISIÈME

LE BARON

Belle noblesse, monsieur, que la vôtre î Noblesse •de parade et d'écusson, qui sonne bien haut dans les cirques, mais qu'on ne connaît ni à l'Académie ni au forum. Saint-Simon nous l'a dépeinte, votre noblesse, que la royauté couvrait de ses rayons, comme une mare de boue qui reluit au soleil. J'appartiens à cette noblesse qui apporta ses titres et ses parchemins sur l'autel de la Révolution, et la Révolution avec des •courtisans fit des citoyens. J'appartiens à cette noblesse qui en 1815 était aux frontières, pour les défendre et non pour les violer. J'appartiens à cette noblesse enfin, qui demande tous les jours une illustration nouvelle à de grands services ou à de grands travaux. Mais vos marquis de hasard , vos princes de contrebande, qui procréent chez les filles, se marient chez les financiers, éclaboussent la ville de leurs duels, de leurs procès et de leurs scandales, ce sont les mignons d'autrefois devenus les aventuriers d'aujourd'hui.

LE COMTE

Soit, nous sommes des aventuriers, ce qui veut dire des hommes libres, déterminés, ardents, qui n'ont pas de serments à tenir et pas de comptes à rendre. En ne servant personne, nous restons fidèles à de vieux souvenirs ; en portant l'épée, nous restons fidèles à de glorieuses traditions. — Et que diriez-vous donc, monsieur le baron, avec vos idées libérales, si de grands diables comme moi s'étaient faits capucins plutôt que soldats ? Je vous livre nos salons ultra-

montains et leurs vieilles momies, édentées et tremblotantes, qui attendent une troisième Restauration la fleurette à la bouche et des cartes dans les doigts. Faites donc des croisades avec ces bonshommes-là. On leur enlève leurs filles entre la messe et le sermon. Joli exemple, par parenthèse, que ces filles donnent, et comme il engage bien à se marier. Il faut aller dans ce monde pour trouver autant de bâtards qui soutiennent la légitimité et autant de sacristains qui défendent la foi pour vivre de Téglise.

LE BARON

Prenez garde, monsieur le comte, il y a deux sortes de traîtres : ceux qui abandonnent leur parti comme moi, et ceux qui le déshabillent comme vous. Vous êtes encore jeune, mon cher comte, intelligent, loyal ; vous avez de la probité dans le caractère, il vous manque celle de l'esprit. Faites du feu avec votre arbre généalogique qui n'en impose plus qu'à votre valet de chambre ; jetez votre épée, le temps est passé des gloires sanglantes ; vos opinions ne sont ni bien sérieuses ni bien réfléchies, demandez-en de nouvelles à la philosophie et au progrès moderne. Je sais que l'étude et les travaux delà pensée exigent une vie paisible, une maison régulière, et vous vous plaignez de la légèreté des femmes de votre monde ; mais n'avez-vous pas un devoir à remplir, tout en suivant le penchant de votre cœur ? Si l'amour n'était pas l'excuse de votre félonie, quelle excuse auriez-vous donc ? Les sentiments que vous avez inspirés à Mllc de la Roseraye sont aussi pro-

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