ACTE QUATRIÈME
MICHEL Qu'est-ce donc !
HELENE, elle va pour parler et s'arrête.
Répondez-moi d'abord. Est-il vrai que vous ne deviez qu'à moi seule votre dignité et votre élévation ?
MICHEL Oui.
HÉLÈNE
Est-il vrai que vous m'aimiez sans mesure et sans retour, et qu'en me perdant vous vous perdriez vousmême ?
MICHEL Je te le jure.
HÉLÈNE
Est-il vrai qu'il y ait des hommes indulgents jusqu'à la folie et généreux jusqu'au martyre ?
Après ? Après ?
HELENE, elle va pour parler et s'arrête encore.
C'est tout, tout. Je suis émue, surexcitée plus que de coutume. Je voulais entendre encore les assurances de votre amour. Les torts qui ont précédé mon mariage, je les rachèterai après. — Eteignez ces lumières. Ouvrez cette porte. (Michel s'éloigne.) Allons, cache ta honte et soutiens ta perfidie. Il fallait parler plus tôt, éprouver son amour avant de trahir sa confiance. Fille perdue, quel homme plus crédule pouvais-tu tromper plus bassement! Tu as été sans scrupules, sois sans pudeur maintenant.
MICHEL, revenant.
Viens ! Viens ! Mon amour ! Ma vie ! Ma femme ! Nuit divine que j'ai attendue si longtemps dans la fièvre ! Heure d'extase et de transport !
Ils font quelques pas.
HÉLÈNE Pardonnez-moi.
MICHEL Je t'implore.
HÉLÈNE
Dites-moi que vous me pardonnez.
MICHEL Toutes tes fautes pour un seul de tes baisers.
HÉLÈNE J'ai méconnu la supériorité de votre esprit.
Il s'agit bien de mon esprit. Je t'aime !
HÉLÈNE Je me suis jouée des tendresses de votre cœur
MICHEL
Qu'importe, si elles te touchent maintenant. Je t'adore.
HELENE
J'ai été l'une de ces jeunes filles, la plus coupable de .toutes, que leur aveuglement entraîne à leur perte. Un homme, je le méprise et je le hais aujourd'hui.